Il existe dans ce pays une loi qui interdit aux étrangers de résider dans la zone dite A, c'est-à-dire la zone minière. Elle s'applique presque exclusivement au séjour et à la résidence des expatriés dans la province du Kasaï ; alors que dans la province Orientale et au Katanga on en parle pas. En fait, à l'époque coloniale, la société Forestière et minière du Beceka (Foraminifère), en accord avec les autorités coloniales, interdisait aux autres d'entreprendre et de résider dans les zones d'exploitation minière, notamment Bakwanga et Tshikapa.Même le séjour des indigènes non travailleurs était sévèrement contrôlé.

Après l'indépendance et le départ des Belges en 1960, l'observance de cette interdiction n'était plus de mise. C'est ce qui a permis la naissance de la ville actuelle de Mbuji Mayi autour de la cité des travailleurs de la Foraminière devenue depuis 1963 MIBA. Les étrangers, les Ouest africains surtout, étaient venus résider dans la ville minière naissante, attirés par le commerce clandestin de diamant.

Ce commerce illicite se solda par le pillage systématique de la pierre précieuse du Kasaï. C'est ainsi qu'en 1972 le gouvernement, en application de la loi susmentionnée, avait expulsé tous les étrangers de Mbuji Mayi en particulier et du Kasaï Oriental en général.

En 1983, l'exploitation et le commerce du diamant artisanal ont été libéralisés. Mais la loi portant interdiction du séjour des étrangers dans la zone minière n'a pas été abrogée. Malgré tout, les diamantaires expatriés, les Libanais pour la plupart avaient réussi à arracher au gouvernement d'alors leur autorisation de résider à Mbujimayi et d'y ouvrir leurs comptoirs d'achat de diamant. C'est au cours de l'année 1998 que les diamantaires expatriés ont été priés de quitter le Kasaï Oriental. Leur départ a laissé le monopole du commerce du diamant artisanal aux seuls nationaux.

Mais depuis le mois d'avril dernier, des informations circulent à Mbujimayi selon lesquelles des Libanais auraient mis le paquet à Kinshasa. Leur retour à Mbujimayi ne serait plus qu'une question de temps. Ces informations ont provoqué une levée des boucliers dans les milieux des diamantaires nationaux. Pour ces derniers, il n'est pas question que des étrangers reviennent à Mbujimayi. Ils viennent pour piller en vue d'investir chez eux. La preuve en est que quand ils étaient ici, ils n'ont rien fait pour le développement de la province et son chef-lieu. Ils se permettaient à acheter le diamant à vil prix au creuseur pour aller le revendre parfois à 10.000%.

Pour et contre la loi

Depuis que les informations sur le retour des expatriés commerçants du diamant circulent, le débat est relancé sur la question dans son ensemble. Autrement dit sur la fameuse loi portant interdiction du séjour des étrangers dans la zone dite A. Il appert que dans cette affaire il y a de l'amalgame à tous les niveaux. Ce qui rend la loi ci haut citée scélérate parce que l'amalgame empêche aux investisseurs potentiels de pénétrer au Kasaï pour investir.

En effet, pour qu'un expatrié se rende au Kasaï, plus particulièrement à Mbujimayi, il doit obtenir "un sauf conduit" auprès des autorités à Kinshasa ; et ce après des semaines, parfois des mois des démarches. Même celui qui vient dans le cadre d'appui aux activités de développement des ONG ! Même des diplomates!

Ainsi donc, en parole comme en acte on ne fait pas de distinguo entre les diamantaires expatriés qui viennent pour faire le commerce du diamant et d'autres étrangers. Appliquée de cette manière, la loi en question comporte tout pour être qualifiée d'anti-développement du Kasaï. A l'heure actuelle en effet des barrières douanières, culturelles, linguistiques et juridiques tombent partout. Elles ouvrent les nations au monde et à la circulation libre des personnes, des marchandises, des capitaux, des idées et des cultures. Aucune nation ou contrée du monde ne peut vivre en autarcie, autrement dit en autosuffisance, coupée du reste du monde. Ce sont les investissements qui constituent le catalyseur du développement. Ils ont une double provenance: nationale et internationale.

Dès lors, fermer le Kasaï aux étrangers, même ceux qui y apportent des investissements équivaut à lui fermer l'une des grandes portes du développement. On ne peut pas s'en douter dans la mesure où la Foraminifère qui l'a fait à l'époque coloniale a empêché cette province de bénéficier des apports d'autres sociétés. Les résultats sont là. absence des villes, des infrastructures, d'énergie électrique, d'eau potable. Bref, le Kasaï n'a pas bénéficié de la colonisation d'exploitation belge. Le gouvernement congolais ne peut pas se permettre de fermer une partie de son territoire aux apports extérieurs au moment où lui-même est incapable d'y entreprendre des actions de développement. Même les pays riches ne peuvent se le permettre. La preuve: Les Etats-Unis et l'Allemagne, les plus riches pays parmi les riches, ont constaté cette année l'insuffisance de leur main d'oeuvre qualifiée dans le secteur de la haute technologie. L'Allemagne a ouvert les portes de son territoire à des centaines des milliers d'informaticiens. Les Etats-Unis accordent présentement des visas à des ingénieurs du domaine de la technologie de pointe. L'impératif du développement l'a emporté ici sur la nécessité d'empêcher l'entrée des étrangers.

Le même impératif devra également l'emporter chez-nous. Là où le Congo manque de compétences et de moyens, les expatriés qui en ont devront être les bienvenus. Leur apport est nécessaire. Dans le secteur du concurrence de diamant artisanal, les congolais en ont la compétence, voire des moyens financiers. Il est dès lors de bonne politique économique de réserver ce commerce aux nationaux afin qu'il permette l'émergence d'une classe moyenne nationale. Il est un principe bien connu selon lequel si les citoyens sont riches, leur pays l'est aussi. Le rôle de l'Etat est donc de protéger ses citoyens et de favoriser, selon la loi, leur enrichissement afin d'en tirer la force.

Une affaire de crise de l'Etat!

L'Etat tire les moyens de sa politique de développement des taxes et d'impôts que lui payent les personnes physiques et morales. Une polémique oppose diamantaires nationaux et expatriés au sujet de la participation au développement du Kasaï. Les premiers accusent les seconds de n'avoir rien fait.

En 1996, nous avons demandé au représentant de la communauté libanaise de réagir à ce reproche. Dans sa réaction, il avait affirmé que sa communauté faisait beaucoup pour le développement local. Elle intervenait ponctuellement quand elle était sollicitée, et payait le 1 % dû à la province sur chaque colis de diamant. La moyenne de cette taxe était de 50.000 USD par semaine. ''Nous sommes aussi étonnés de ne pas voir à quoi sert cet argent", avait-il commenté.

Aujourd'hui on apprend dans les milieux des diamantaires nationaux que les autorités leur tiennent souvent ce langage : "les Libanais donnaient l'argent ; vous, vous ne donnez rien !" Certains travailleurs qualifient leurs patrons congolais de "plus méchants que les Libanais" ; tandis que nombre de creuseurs soutiennent que les nationaux les roulent autant que les expatriés. Cela montre que le mal est partout. Le moins que l'on puisse dire aussi est que la non participation tangible des diamantaires expatriés au développement local a été une manifestation de la crise de l'Etat.

Des expatriés ont constitué une source d'enrichissement pour des personnes physiques agissant au nom de l'Etat inexistant. Ils ont payé des taxes, des impôts, des commissions et versé des pourboires à des individus, au détriment de la communauté.

En un mot comme en deux

La crise de l'Etat au Congo résulte de la crise morale de l'homme congolais. L'Etat est en effet une institution chargée de protéger les citoyens et leurs biens, de défendre la nation et l'intégrité de son territoire. Il ne vaut que ce que valent moralement, intellectuellement, scientifiquement et techniquement ses citoyens et dirigeants.

Si les étrangers ont pillé, c'est parce qu'ils ont eu affaire à des hommes corruptibles, qui pillaient aussi pour l'enrichissement personnel. Tout porte à croire que s'ils ont devant eux des pouvoirs publics responsables et au service de la communauté, les expatriés feront entrer l'argent dans la caisse de l'Etat. Construire des maisons et investir dans les secteurs préalablement étudiés peuvent être quelques-unes des conditions à leur imposer.

En matière industrielle et commerciale, les conditions auxquelles sont astreints des industriels et des hommes d'affaires nationaux et étrangers ne sont les seuls à construire cette ville. Leur argent entretient les enfants du Congo, et est investi ici. Les pouvoirs publics ont donc le devoir patriotique d'oeuvrer pour la promotion et la protection des affaires des Nationaux.

Article de Monsieur Faustin Mutombo Hanshi, tiré de La Référence Plus, n°1935 du 03 août 2000.

Tshondo n°2 Kashipu-Mpumpumpu/Tshimungu wa Mashika/Kabitenda 2000 - Mabeji/Pages 4,5,6