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1. Le Congo avant le 4 janvier 1959

 

 

L'histoire politique du Congo indépendant débute en réalité le 4 janvier 1959. Ce jour-là, pour la première fois en quatre-vingts ans de colonisation, la Belgique se trouve confrontée avec un mouvement populaire de résistance, de violence, de revendications. L'émeute populaire éclate : elle sanctionne une politique à courte vue, apanage du régime colonial, malgré les avances faites par les dirigeants congolais pour une ouverture vers la prise en mains de leurs destinées politiques. Dès lors, le processus étant devenu irréversible, les étapes ne se fixent plus du dehors, mais elles s'arrachent; la suite, nous la connaissons.

 

Si le 4 janvier 1959 constitue une date capitale de l'évolution politique du Congo, il est néanmoins nécessaire de faire une brève rétrospective pour situer précisément la date du 4 janvier elle-même. Nous ne' reviendrons sur ce chapitre qu'à titre de rappel, car il existe peu de faits nouveaux que nous soyons en mesure de faire revivre.

 

Tout commence, dans cette colonie belge considérée par les touristes comme «une oasis de paix», par la publication d'un plan. Un professeur de droit belge, Jef Van Bilsen, publie en 1956 un article dans lequel il propose au gouvernement et aux Chambres belges l'adoption d'un plan d'émancipation de trente ans pour conduire le Congo à son indépendance par des étapes successives. Ce plan provoque la réprobation générale en Belgique; il n'est pas mieux reçu au Congo. Il est vrai que les raisons de ce rejet unanime sont diamétralement opposées :

 

- Du côté belge, on ne cache pas sa déception à l'égard des propos et du plan « utopique» du professeur Van Bilsen qu'on accable de toute sortes d'épithètes désagréables ; les arguments habituels sont repris les nègres ne sont pas mûrs pour accéder a l indépendance, même dans cinquante ans la colonisation restera nécessaires, etc. Bref, on n'a que du mépris pour cet exalté qui ne connaît rien ni de lame noire, ni des problèmes du Congo belge.

 

- Du côté congolais, un groupe d'intellectuels réagissent un peu tardivement; ils sont conduits par Joseph Iléo et, sous l’impulsion des milieux catholiques (pour une fois l'Eglise est à l’avant-garde d'une émancipation politique), ils publient un Manifeste de la conscience africaine. Ce manifeste, pour modéré qu'il soit, est la première prise de position publique des Congolais dans le sens, de son action politique. Jusqu'à présent, les Congolais avaient réclamé l’adoption de mesures contre la discrimination raciale l'amélioration des salaires et des logements, l'accélération du processus d’avancement; etc. Mais jamais encore la volonté des Congolais de participer à la gestion de la chose politique n'avait été définie aussi explicitement. Tout en s'y référant, le Manifeste rejette le plan de trente ans, comme étant dépassé. Aussi ce texte connaît-il un retentissement national. Et l'on se dit partout : donc, on peut parler, on peut désormais, faire valoir ses droit. Tandis que le groupe du manifeste, réprimé par les anciens dirigeants coloniaux ou atteint  par la corruption, se dispersait rapidement, de partout le vent de 1’émancipation se mit a souffler sur le Congo.

 

D'abord sur le plan intérieur : depuis 1954, l'Abako (alliance des Bakongo) a créé un groupe de travail dirigé par Joseph Kasa- Vubu qui se réunit régulièrement en petit comité pour discuter non seulement du kikongo (une des quatre langues nationales congolaises, parlée par plus de quatre millions d'habitants de la zone ouest du Congo, depuis l'océan jusqu'à la rivière Kasaï, soit 1/5 de la population congolaise), mais encore et surtout de l'émancipation. Contrairement au groupe du Manifeste de la conscience africaine le groupe de l’Abako ne se livre à aucune déclaration. D'ailleurs' sa devise est «Le travail dans le secret et le silence». Pour l'illustrer, l'Abako adoptera la coquille comme emblème. L'Abako élabore une idée, la répand discrètement de bouche à oreille avec pour consigne majeure : «Entre Bakongo, toute communication doit se faire en kikongo.» Ainsi, on écarte au maximum le danger de se compromettre en même temps qu'on atteint l'objectif défini : informer tout Mukongo des orientations arrêtées par les dirigeants au cours de leurs réunions. Lorsqu'on sait qu'à cette époque et suivant les statistiques officielles, 80 % de la population de Léopoldville sont Bakongo, on réalise l'efficacité d'une telle initiative.

 

D’autres actions se préparent également, mais de moindre envergure ; elles n'auront pas les mêmes répercussions sur l'avenir politique immédiat du pays.

 

Sur le plan extérieur ensuite. En 1957, le Ghana accède à l'indépendance sous la direction de Kwarné N'krumah, le doyen des dirigeants africains indépendants Cette accession à l'indépendance d’un Etat noir stimule les élites congolaises, mais rien de décisif ne se dessine encore lorsque on arrive l’année 1958.

 

Cette année 1958 sera décisive pour le Congo. La Belgique célèbre avec faste le cinquantenaire de l’annexion du Congo au royaume les Congolais, qui viennent, d être autorisés à créer, des partis politiques, proposent au, ministère belge .des. Colonies d élaborer un plan définissant les étapes de l’émancipation. Tan disque la Belgique hésite et mène une politique d’atermoiement, le général De Gaule propose aux anciennes colonies françaises l’indépendance total ou l’émancipation progressive dans la communauté avec la France. Toutes les colonies optent pour la communauté avec la France, excepté la Guinée du président Sékou Touré qui réclame une indépendance immédiate,  qu’elle obtient dès le mois d’octobre 1958. L'exemple de la Guinée sera le plus fort stimulant pour l’indépendance immédiate du Congo.

 

Dès lors, les événements vont se précipiter. Le bouillant Lumumba, sorti d'une prison de Stanleyville où il a subi les plus grandes humiliations et' vexations, se lance à l'assaut et, avec un groupe d'amis crée le Mouvement national; congolais (M.N.C.). Le moment est également venu pour un autre mystique de faire un choix politique: Kasa-Vubu, dont la circonspection est bien connue. Transforme l'Abako en parti politique. Ce groupe a fait ses preuves l’année précédente grâce à son organisation et à sa discipline, il remporte une éclatante victoire aux élections communales et réussit l'exploit de remporter huit des dix sièges des Bourgmestres, élus par leurs conseils, eux-mêmes élus au suffrage universel direct.

 

En cette même année 1958, alors que les partis politiques nouvellement créés élaborent des ébauches de programme, une conférence se tient à Accra. Gaston Diomi, Lumumba et Kasa-Vubu s’y rendent. L'autorité coloniale refuse à Kasa-Vubu son visa de sortie, en raison de la violence du discours politique qu'il a prononcé le jour de son installation comme bourgmestre de sa commune : cet homme, considéré jusqu'alors comme un modèle de pacifisme a violemment critiqué ce jour-là le régime colonial et Il a laisse entendre que, fort de l'appui populaire, il déclencherait un combat destiné à mener le pays à l'indépendance. A leur retour d’Accra, Lumumba et Diomi tiennent un meeting populaire fracassant. Kasa-Vubu, de son côté, fait de la surenchère et lance dès cette époque le mot d'ordre: «Nous voulons pour notre pays une indépendance immédiate et inconditionnelle.» Pendant quatorze mois, aucune audience ne sera accordée à qui ne s'engagera pas dans ce sens : indépendance immédiate et inconditionnelle. Le slogan se, répand rapidement et sème une certain panique dans les milieux étrangers et spécialement parmi les autorité coloniales

 

Quelle sera leur réaction? Négative Ni le gouverneur général, ni le gouvernement belge ne réalisent la signification de ce slogan qui est devenu un leitmotivs des masses de Léopoldville. Au lieu de tendre la perche, l’autorité coloniale tergiverse; au lieu de se rapprocher du peuple, elle imagine de recourir à sa vieille tactique : diviser pour régner. Dans les sphères dirigeantes" on multiplie les contacts avec les milieux dits bangala (langue de l’armée, parlée par près de deux millions d'habitants du Congo, province de, l'Equateur. Mais nous l’avons vu, à Léopoldville, les Bangala représentent à peine 10 % de la population. Toute tentative populaire doit se solder par la victoire des Bakongo, politiquement préparés par des consignes particulièrement rigoureuses.

 

Tandis que les dirigeants politiques multiplient les déclarations en faveur de l'indépendance immédiate et inconditionnelle devant des foules enthousiastes, les milieux gouvernementaux font la sourde oreille. Dès lors, l'affrontement devient inévitable.

 

Le conflit oppose, d'un côté le peuple congolais, impatient d’accéder - comment? - à son indépendance immédiate et. Inconditionnelle, et de l'autre, une, administration coloniale, décidée plus que jamais a faire barrière a cette démagogie. C’est un loi immuable de l'histoire politique : quand un peuple réalise qu’il n'existe entre lui et les gouvernants aucune possibilité de dialogue, il se révolte avec violence et une telle révolte n’a pas d autre objectif que de tuer le dictateur ou de le chasser du pouvoir. C'est ce qui se passe le 4 janvier 1959.

 

 

Les émeutes du 4 janvier 1959

 

Comme il fallait s'y attendre, la révolte sanctionne la comédie entretenue depuis 1958 par le régime colonial. Et pourtant il était prévisible que la situation, en état de pourrissement continuel, devait éclater un jour. L'administration coloniale, dirigée par des hommes d'expérience, devait se rendre compte que l'apparition sur le marché congolais des livres tels que Le bal noir et blanc, L'empire du silence, Pleure, ô pays bien-aimé, n'était pas faite pour lui faciliter la tâche. Un problème épineux se posait pour la puissance coloniale : avec qui négocier ? Il n'y avait pas à ses yeux d'interlocuteur valable au Congo. Même ce Kasa-Vubu, qui, au cours de la première semaine de janvier, avait sollicité l'autorisation de tenir un meeting populaire, se voyait retirer, en début d'après-midi, l'autorisation accordée auparavant. Sans doute peut-on arguer que des indicateurs avaient alerté les autorités de la ville sur les risques que l'on courait, mais nous pensons que la vraie raison était que Kasa-Vubu n'étant pas considéré comme interlocuteur valable, il ne fallait pas lui donner l'occasion de se proclamer le représentant du peuple congolais. D'ailleurs, l'attitude d'un certain nombre de Congo- lais, au lendemain des événements du 4 janvier, fait pencher la balance vers cette deuxième hypothèse.

 

Dès midi, ce jour-là, le peuple était présent au Y.M.C.A. 1 pour entendre les dernières décisions arrêtées par les dirigeants dans leur mouvement de lutte contre le colonialisme belge. A l'heure fixée, Kasa-Vubu apparaît, non pour tenir son meeting devant la population rassemblée, mais pour annoncer que les autorités de la ville viennent de lui retirer l'autorisation de s'adresser à la foule.soucieux du respect de la loi et de l'autorité établie, Kasa-Vubu se retire; c'est alors que la foule, furieuse, se déchaîne. A partir de cet instant, l'émeute est inévitable.

 

Fidèle à sa politique, l'administration coloniale oppose aux émeutiers une riposte sanglante. La troupe, les forces de police (composées de Congolais) sont rassemblées et reçoivent l'ordre de tirer sur quiconque se trouverait sur les lieux des événements, et même sur la voie publique. Toute la nuit du 4 au 5 janvier 1959, jusqu'au petit jour, la lutte sera acharnée : les forces de la répression sous le commandement de l'autorité coloniale se livreront à la chasse aux patriotes congolais, dont la révolte est l'aboutissement d'une vive hostilité aux méthodes de gouvernement des autorités coloniales.

 

Vus dans cette perspective, les événements du 4 janvier 1959 sont une manifestation nationale contre le poids du joug colonial. Mais ils sont aussi l'implantation d'une semence nouvelle : la force de l'action tirée du sang des martyrs.

 

Pour la première fois, le monde est bouleversé. L'oasis de paix est tout d'un coup transformée en champ de bataille, le sang a coulé, non pas seulement celui des Noirs, mais aussi celui des Blancs. Cette terre inconnue de l'Afrique centrale, disposant de la force la mieux disciplinée, a secoué le joug dominateur et commencé sa marche vers une véritable révolution.   L'arrestation, puis le procès qu'on intentera à Kasa-Vubu ne seront qu'un renforcement dans la voie de l'opposition au régime. Le.13.jan.vier 1959, le roi des Belges annoncera des réformes et prescrira des étapes nécessaires pour conduire le Congo à. son émancipation, mais trop tard!

 

Pendant les premières années qui ont suivi l'indépendance du Congo, nombre de jeunes, surtout des universitaires, préoccupés par la gravité des crises qui ont secoué le pays, nous ont demandé si les dirigeants politiques avaient vu juste en réclamant l'indépendance immédiate et inconditionnelle dès 1959. Ces jeunes auraient préféré que soit réclamée d'abord une autonomie progressive qui eût préparé les dirigeants et les cadres et débouché par étapes sur l'indépendance.

 

Au moment où nous écrivons ces lignes, beaucoup de nos interlocuteurs d'alors sont en fonction dans le pays; certains sont ministres, d'autres fonctionnaires, magistrats ou professeurs, ou encore conseillers au bureau politique du parti unique congolais. Ils peuvent certes donner eux-mêmes la réponse à cette question. Pour notre part, nous pensons que faute d'obtenir le dialogue nécessaire pour trouver un i point d'accord, les hommes politiques d'alors, n'avait pas d'autre choix que le radicalisme. L'autorité en place n'étant sensible qu'aux mesures extrêmes dictées par le désespoir aucune .autre solution n'était possible. Les étudiants de l'université Lovanium, frères cadets de nos interlocuteurs d'hier, viennent de faire les frais de cette attitude arrogante de l'autorité qui refuse tout dialogue avec des hommes frustrés de leurs droits. S'ils ont le cou- rage de rendre hommage aux leurs, lâchement abattus par les balle meurtrières de Mobutu - en pleine période de contestation estudiantine mondiale , qu'ils se souviennent aussi de ces premiers martyrs congolais, qui, neuf ans et demi auparavant - 4 janvier -juin, oh! Similitude! - ont versé leur sang pour recouvrer leur liberté d'homme bafouée

 

A l'étranger, après les événements du 4 janvier 1959, tous les regards se tournent vers le Congo. A l’intérieur même du pays, leur répercussion est immense. Chacun prend conscience de la nécessité de briser les liens qui lient au régime colonial. Néanmoins, alors que le roi Baudouin vient de prendre l'engagement de conduire le Congo sans atermoiements funestes », mais aussi sans précipitation inconsidérée, vers son indépendance, alors que des ministres, des parlementaires belges sillonnent le pays pour recueillir les avis sur les modalités de cette accession à l'indépendance, l’administration locale travaille d'arrache-pied pour opposer aux dirigeants nationalistes des Congolais spécialement triés sur volet et à qui l'on procure toutes les facilités financières pour la création d’un parti des fantoches, sans aucune assise populaire, mais dont 1’action est dictée par le pouvoir colonial en place: ce parti, c’est le Parti national du progrès (P.N.P.), dirigé par notre compatriote Bolya et ayant comme secrétaire général Albert Delvaux. Delvaux: bien que mulâtre, sera l'unique survivant de ce Parti, car II réussira a se faire adopter par des Bayaka, très apparentés aux Bakongo.

 

Pendant ce temps, Kasa-Vubu et ses compagnons moisissent toujours en prison, leur procès retentissant se termine en queue de poisson, Kasa-Vubu est alors conduit en Belgique avec ses deux compagnons Kanza et Nzeza Ils ne tarderont pas à revenir. Bien que surveillé étroitement. Kasa-Vubu, dégoûté par le jeu néfaste et honteux de ceux qui i cherchent à remettre en question le principe de l'indépendance immédiate, et inconditionnelle, prépare, toujours dans sa coquille une nouvelle stratégie : l'Etat fédéral.

 

En ce début de mai 1959, le Parti solidaire africain, créé par un groupe, de ressortissants du Kwango Kivilu et ayant Gizenga comme président, cherche sa voie. Des contacts sont amorcés avec le. M.N.C., mais Lumumba est insaisissable et sous la pression des milieux de Léopoldville, son autorité dans le Mouvement national congolais est contesté par ses amis politiques, qui veulent créer une aile modérée du M.N.C.

 

Kasa-Vubu est absent, mais Diomi, bien que n'ayant pas de fonctions au sein du comité directeur, exerce une influence prépondérante, surtout en l'absence des premiers responsables. Le contact est établi et il donnera naissance, trois mois plus tard, à la formation d'un cartel Abako-P.S.A. et à un plan d'accession à l'indépendance dans un cadre fédéral.

 

D'où vient ce nouveau concept d'indépendance dans le fédéralisme? C'est encore une fois le sens du réalisme de Kasa-Vubu qui amène les deux grands partis de la province de Léopoldville à publier un plan sur le fédéralisme. Le M.N.C., au lieu de se serrer les coudes pour poursuivre la lutte, se désintègre sous la poussée des pressions colonialistes contre Lumumba; les autres dirigeants s'engagent dans le Parti national du progrès; les Bangala, avec à leur tête Bolikango, s'opposent catégoriquement à toute idée d'indépendance, prétextant que les populations, chez eux, n'avaient pas encore suffisamment évolué; enfin, il se 'dessine contre Kasa- Vubu et l'Abako un mouvement d'opposition grandissante, ourdi et entretenu par l'autorité coloniale.

 

Au cours d'une réunion tenue au mois de juillet 1959, Kasa- Vubu déclare: «On ne donne pas à boire à un âne qui n'a pas soif. Puisqu'ils ne sont pas encore mûrs pour se gouverner eux- mêmes, ne leur imposons rien; ils attendront et accéderont librement à l'indépendance, lorsqu'ils estimeront le moment venu.» Cette proposition rencontre l’accord de Gizenga et de son parti. Ainsi est !lé le plan d'accession à l'indépendance dans un cadre fédéral. Dans un premier temps, devait accéder à l'indépendance toute l'ancienne province de Léopoldville, excepté le district du lac Léopoldville II dont les dirigeants politiques ne s'étaient pas prononcés. Est-il besoin de le mentionner, le gouvernement belge répondit à cette requête par une fin de non-recevoir : Congo uni, pays fort. Le plan d'un Congo fédéral échoua une fois de plus.

 

Ouvrons une parenthèse : ces mêmes Bangala, qui n'étaient pas « suffisamment évolués », dirigent le pays depuis cinq' ans et contrôlent tous les services clefs de l'Etat congolais. Nous y reviendrons dans la partie consacrée aux réalisations du régime Mobutu.

 

Les mois qui suivent sont essentiellement consacrés aux travaux des congrès des partis, car on approche d'une première échéance fixée par la déclaration royale du 13 janvier 1959. Cette échéance concerne les élections territoriales destinées à la constitution- des conseils consultatifs des territoires, qui doivent fonctionner à partir du le 1er janvier 1960. Le cartel Abako - Parti solidaire africain décide pour sa part de boycotter ces élections. La consigne est donnée aux militants et transmise à toute la population, qui ne souhaite que ce nouvel échec des manœuvres coloniales. Le durcissement des positions des dirigeants congolais est encore justifié par le fait que Lumumba, alors qu'il présidait un congrès de son parti à Stanley- ville, a été arrêté brutalement par J'autorité coloniale de la ville et jeté en prison. De partout les protestations affluent, mais la loi du plus fort l'emporte et Lumumba est transféré à la prison de Jadotville au Katanga. Il y est interné dans les conditions les plus atroces et il y restera jusqu'à l'ouverture de la table ronde politique qui eut lieu dans la première quinzaine de janvier 1960.