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La création du Sud-Kasaï

Q. Selon votre récit, il me semble que le Sud-Kasaï n ‘ait pas été créé par vous pour satisfaire vos ambitions de devenir Mulopwe, tel que l’a soutenu une certaine presse de l’époque ?

R. Ceux qui l’ont dit, l’ont fait par mauvaise foi et n’ont pas voulu tenir compte de la chronologie des faits. Tenez ! Après avoir vu les scènes de désolation à la mission Notre Dame à Luluabourg, où les gens vivaient en lambeaux dans une promiscuité scandaleuse, et face à l’irresponsabilité, pourquoi pas la complicité dont avait fait montre l’administration belge et le commandement de la Force Publique, je me suis résolu à faire sortir de l’église tous les Balubas qui s’y trouvaient et à les conduire jusqu’à Bakwanga. Cependant, je reste convaincu que M. Van der Meersch (le responsable colonial local) m’avait fui, tandis que Lumumba m’avait évité. Il ne m’avait jamais consulté pour quoi que ce soit. Donc, ceux qui soutiennent cette idée voudraient à mon avis nier l’extermination des Baluba qui était en cours.

Q. N’avez-vous réellement pas reçu aucune offre de la part de Lumumba afin de participer à son gouvernement?

R. J’avais reçu Lumbala Jacques, secrétaire d’État à la présidence chez Lumumba qui était venu me faire part de la proposition de Lumumba de me nommer ministre délégué à l’ONU. C’était tout simplement scandaleux. Un meilleur moyen de m’éloigner. Peu après, il était revenu avec celle du ministre de l’agriculture que j’avais d’office rejeté. J’estimais pour ma part que je méritais mieux. Je lui ai dit que j’étais plus politicien qu’agronome. C’est-à-dire que je voulais un poste politique. Mais j’ai regretté plus tard d’avoir refusé ce dernier poste.

Q. Le gouvernement a été finalement constitué sans votre participation ?

R. Oui. Ce fut la déception, la raillerie, la moquerie, les Luluwa dansaient, et nous injuriaient. Partout, on chantait «Lulua-frères anganyé»59 Et voilà, nous avons fêté l’indépendance avec des cendres dans la bouche.

Q. A quelle date approximative a démarré l’exode?

R. Lumumba a mis le parlement en vacances en date du 21 juillet. J’ai pris le même jour mon avion pour Luluabourg. Lorsque je suis arrivé, j’ai entériné la décision de quitter cette ville. J’ai pris contact avec la MAS60 Merlico61 BCK62 et l’Onu le même jour, du tic au tac. Et l’opération a démarré. Ces trois transporteurs ont accepté d’acheminer gratuitement les Baluba qui rentraient sur les terres de leurs ancêtres de juillet à octobre 1960. Ils déposaient ces réfugiés à Bakwanga, Mwene-Ditu, Luputa, Ngandajika et au Lac Munkamba. Mais, il est important de noter que l’exode avait déjà commencé dès le mois de septembre 1959 lors des tueries en gare de Tshibambula. Puis, il s’est poursuivi au fur et à mesure que l’insécurité s’installait dans tous les territoires du District du Kasaï (Luebo, Tshikapa, Ndekesha, Kazumba, Mweka, Kakenge et Ndemba). En fait, le mouvement migratoire continuera pour s’étaler sur les trois derniers mois de 1959 jusqu’au mois de juillet/ août 1960. Entre-temps je me débattais sans compter afin de forcer l’Administration a trouver une solution politique en vue d’arrêter les tueries impunies et rétablir l’autorité de l’Etat A Léopoldville, je déclarais que si « l’Administration Provinciale du Kasaï ne mettait pas fin aux troubles) il ne me restait plus comme solution à lutter pour l’indépendance immédiate; quoi qu ‘il en coûte et quoi qu’il advienne !» Ce qui me mit en vedette dans les milieux du MN, de l’Abako, du PSA et autres. J’en profitais pour mettre l’accélérateur sur le processus de réconciliation au MNC, tandis que je m’approchais de Kasa-Vubu avec lequel nous formâmes le Cartel des nationalistes MNC, Abako et PSA.

Q. A quelle époque situez-vous le Congrès de Tshibata qui vous a institué comme Mulopwe des Baluba ? Je voudrais savoir tel que les  légendes les rapportent si vous vous êtes proclamé Mulopwe après que la province ait été érigée ou avant?

R. Le Congrès de Tshibata s’était tenu à la suite de l’échec des travaux de la commission Rae en 1959 au Lac Munkamba. Donc presque une année auparavant. L’idée du Roi avait déjà été lancée bien avant dans la bouche des Luluwa en faveur du chef Kalamba, les Bakongo en faveur de Kasavubu, les Baluba ont emboîté le pas en disant: «Il va à Bruxelles, il rencontre le Roi des Belges, Tous ce que nous souhaitons ou formulons ici n ‘aboutit jamais. Lui va devenir notre Roi. Ainsi en avait décidé le Congrès de Tshibata. Personne ne doit être au-dessus de Kalonji. C’est lui le seul chef suprême. Deuxièmement, tous les Baluba doivent s’inscrire dans un seul parti politique k Parti de Kalonji ». Odia David et Mapumba Emile (qui était mon vice-président du comité provincial du MNC-Kalonji) ont saboté cette démarche par jalousie. Ils ont commencé une action sournoise en dessous. Kadima Honoré (Kadima Tshiovo) mécontent éternel, parce non élu chez les Mukalo63 dans le Nkonga Muluba64 non plus, on lui a préféré Kalonji Evariste, Armand Kashile, tous de Bakwa Kalonji. Ils étaient ainsi mécontents, ils se sont coalisés pour s’opposer à cette proclamation.

Q. Revenons à l’exode qui a ainsi débuté. Les Baluba affluent à Mwene Ditu, Luputa, Lac Munkamba, Tshilenge, Miabi, etc., etc… Comment vous arrangez-vous pour les accueillir?

R. Disons qu’une bonne partie des gens a émigré dès les premiers troubles de 1959. Donc pendant les élections. Ceux-ci étaient déjà sur place. Vers septembre, les Baluba qui n’habitaient pas à Luluabourg avaient émigré bien avant. Les derniers sont les habitants de Luluabourg. Il s’agit des populations luba de Tshikapa, Tshibambula, Luebo, Kakenge, Bakwa Nkenga, Ndemba. Ils avaient déjà été évacués, sinon, ils auraient dû être tous massacrés. Ils étaient déjà installés pour la plupart à Mwene-Ditu, Ngandajika, Tshilenge, Kabeya-Kamwanga, Tshia-Tshia-Tshia, Miabi, et dans certains villages sans être groupés. Ceux qui étaient en masse, qui pour une raison de rite ou de litige familial ne tenaient pas à rejoindre leurs villages d’origine, se sont concentrés dans des cités existantes.

Q. Concrètement, qu’est-ce qui a été fait pour les aider?

R. En effet, j’avais pris des contacts avec la société Forminière (devenue après Miba) et j’avais obtenu l’aide de celle-ci. Elle avait accepté de mettre à ma disposition de la farine et des poissons salés. C’était Bukasa Laurent65 qui coordonnait ce travail. En second lieu, j’ai reçu des contributions de plusieurs volontaires qui voulaient assister le peuple Muluba. J’ai aussi personnellement contribué avec mes fonds privés de mon commerce et enfin de compte l’argent du parti MNC/Kalonji y est aussi passé. Il y avait sur mon compte quelques millions de francs et sur celui du parti aussi. Tout a été mis à la disposition de la population qui était dans les besoins.

Q. C’était déjà là le premier embryon d’organisation de la structure qui de viendra plus tard l’Etat Autonome?

R. Non. Les toutes premières installations datent d’avant l’indépendance, donc pendant la colonisation. Il n’était pas possible d’imaginer que nous allions devenir un Etat plus tard. La préoccupation primordiale consistait à servir la population qui était éprouvée. Nous espérions que l’Etat allait enfin se réveiller afin de résoudre cette question.

Q. A quelle période la nécessité de s’organiser politiquement et administrativement était-elle apparue ?

R. Ce besoin d’organisation est effectivement apparu après l’indépendance, lorsque le plus gros lot des populations luba affluent en très grand nombre vers le Sud-Kasaï, qui n’est encore que l’ancien territoire de Tshilenge. . C’est surtout lorsque la grosse communauté des anciens habitants de Luluabourg arriva que le problème allait sensiblement se poser. Il fallait donc donner à tout cela une structure détentrice d’une autorité politique et administrative qui puisse tout régenter et en assurer la direction. Surtout du fait que nous étions en rupture de banc avec le gouvernement de Luluabourg qui était formé en dépit du bon sens et contre nous. Il y avait eu la même erreur à Léopoldville où nous étions exclus du gouvernement central. Ainsi, nous sentions nous obligés de mettre en place nous-mêmes une autorité pouvant prendre en charge la gestion du quotidien de toutes ces personnes martyres.

Notes:

59. Lulua-Frêres anganyé est une déformation luluwa de la phrase française Lulua-Frères a gagné.
60. M.A. S. Messagerie Automobile du Sankuru firme qui transportait les marchandises et les passagers dans tout le Kasai.
61. MERLICO: le nom d’une firme commerciale qui s’occupait du transport du fret de la Forminière entre Tshimbulu, Bakwanga et Tshikapa.
62. BCK: Société coloniale de chemin de fer. Elle exploitait le transport sur rail dans le Kasaï et le Katanga. Une abreviation Bas Congo Katanga.
63. Mukalo association mutualiste d’un des clans luba nommé Bakwa Kalonji.
64. Nkonga Muluba: association regroupant tous les Balubas vivant sur les terres Lulua.
65. Bukasa Laurent’ était employé à la Miba. Il est déjà décide. Il est le grand frère de Mukamba Jonas, ancien gouverneur de province, ancien ambassadeur et PAD de la Miba.

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La réconciliation Baluba-Luluwa

Q. Pouvez- vous dire un mot sur la cérémonie de réconciliation qui a eu lieu à Ntenda village frontalier avec les Bena Ngeleka du côté des Baluba, entre les chefs Lulua et Luba. De qui est venue celte initiative et dans quelles circonstances?

R. Si j’ai bonne mémoire, il s’agit de la période qui a suivi la réouverture du parlement, après la conférence de Tananarive et celle de Lovanium. Je me rappelle avoir dit à M. Ilunga Alphonse ceci: «Vous voyez que nous venons de nous réconcilier avec des Lumumbistes. Nous pouvons maintenant travailler ensemble. Nous nous sommes pardonné. Bientôt, nous allons former un gouvernement d’union nationale. Pourquoi resterions chez nous Luluwa et Baluba, toujours divisés ? Nous devrions à notre niveau nous réconcilier Ilunga Luakamanyabu Alphonse a accepté. J’ai ajouté, « c’est à toi de le dire au chef Kalamba. De mon côté,je suis moi- même chef j’aurais à en parler aux autres, ils vont accepter. Mais, de ton côté tu as besoin de convaincre les chefs coutumiers. » Ilunga a fait son travail et le chef Kalamba a accepté. J’ai reçu peu après le chef Kalamba au restaurant du zoo à Léopoldville pour les entretiens préliminaires. Nous avons conclu de consacrer l’union en la scellant par une cérémonie traditionnelle que nous appelons en tshiluba: «kutwa ndondo» (qui veut dire sceller ou consacrer l’union) Nous avons fixé qu’elle aura lieu dans un village frontalier dénommé Ntenda. Ce village Ntenda de Bena Luluwa est situé sur la frontière avec la rivière Lubi, ainsi que le village baluba de Bena Ngeleka à Tshintshianku. Dans le Sud-Kasaï.

Q. Et le jour »j » ?

R. Nous nous sommes retrouvés dans ce village, chacun venant de son côté avec sa délégation. Moi, j’ai amené le chef Lutonga (Mutombo Katshi) et tous les chefs coutumiers. Kalamba a fait de même avec tous les chefs coutumiers Luluwa. Tous les deux groupes ensemble réunis avons procédé au rite. Il comprend toute une série des cérémonies magico-religieuses, dont celle du lavement. Ce qui fait que je ne peux pas en dire plus. Mais au moins, vous devriez savoir que. l’on tue un chien à coup de pieds. Il doit être brûlé sur un bûcher sans condiments. Cette chair se mange ainsi partagée par tous, comme symbole extérieur de l’union que nous avons scellée et qui est intériorisée. C’est une façon de matérialiser cette réconciliation. Donc, ceux qui se sont réconciliés partagent même chair, un même morceau, un même plat, un même symbole Le reste, je ne vous le dis pas Car, cela relève du pouvoir des chefs coutumiers. Ce pacte est tellement profond que tout le monde le respecte jusqu’aujourd’hui. Personne ne l’a transgressé jusqu’à ce jour du fait de sa conformite au rituel traditionnel Je pense qu’il en restera ainsi pour toujours.

Plus jamais une guerre Luluwa-Baluba

Q. Aviez vous juré peut-être quelque chose, lors de ce rituel ? Je ne pense pas que cela soit aussi secret que cela ?

R. Oui. Nous avons juré par le sang que nous devenions tous un seul peuple muluba. Plus personne ne devrait revenir là-dessus. Ceux qui sont appelés Luluwa sont d’abord Baluba. Ils le restent. En conséquence, nous devrions ne plus jamais nous entretuer. Nulle part! Plus jamais cela! Nous nous devons protection mutuelle et nous marier réciproquement. Se fréquenter comme ce fut dans le temps et oublier pour toujours les affrontements et oublier les deuils que les Baluba ont porté pour ceux que les Luluwa ont tués et inversement Tout cela appartient au passé. Nous avons juré de ne plus porter la main contre l’autre, ni administrer la mort.

Q. Ma curiosité n ‘est pas amplement satisfaite. Je veux savoir si vous vous êtes juré que celui qui le premier portera sa main sur l’autre serait puni ou maudit?

R. Ah oui ! Cela va de soi. Celui qui osera le premier sera automatiquement mort. II sera ensorcelé et aucun chef coutumier ne pourra lui accorder sa protection.

Q. Serait-ce pour les mêmes raisons que vers les années 1991 que la rumeur a couru que certaines personnes auraient contacté sur recommandation de Mobutu, des chefs coutumiers du Kasaï pour leur distribuer des armes, afin qu’ils s’affrontent?

R. C’est tout à fait clair que c’est pour ces raisons-là. Ils ne pouvaient pas. Ils ne pourront pas transgresser le rituel de réconciliation.

Q. Nous pouvons considérer ce pacte Luluwa-Baluba comme un événement important de votre vie politique ?

R. Effectivement, c’est un des événements parmi les plus importants de ma vie politique Il a été une conséquence pratique de notre sagesse que nous léguons a notre postérité

Q. En partant de cet événement, il me paraît évident qu’il soit possible de puiser dans nos traditions pour ériger certaines règles pratiques  applicables dans la vie politique moderne ?

R. Absolument. J’en suis aussi convaincu. Vous en avez la preuve avec ce pacte. Il vaut plus qu’un traité. Pourtant, il n’y a aucun papier signé et touts les individus, chefs ou pas se sentent liés parce pacte de père en fils, génération en génération sans qu’il y ait un papier écrit Ca c’est la force de notre culture Elle mente d’être mise en valeur.

Avis sur la sécession au Kasai?

Q. Mulopwé, à écouter tout le récit des circonstances de la création du Sud-Kasaï fondu aujourd’hui dans le Kasai-Oriental, il ne me semble pas qu’à la base, il y ait eu l’idée de la sécession proprement dite, telle qu’elle est définie par le dictionnaire (Larousse) à savoir: «action menée par une fraction de la population d’un Etat en vue de se séparer de la collectivité nationale pour former un état distinct ou se réunir à un autre». Etait-ce vraiment le cas?

R. Cet échange et le livre qui s’en suivra me donnent une véritable occasion de dire à la face du monde entier que la vérité avait été tronquée à l’époque. L’idée de base était d’obtenir une province pour les Baluba qui étaient persécutés partout. L’on contestait les résultats des élections quand bien même, ils les avaient remporté. J’ai le plaisir de répondre à cette question pour vous dire que certaines personnes ayant trop des préjugés sur nous et nourrissant quelques complexes ont entretenu à Léopoldville un discours négatif contre nous sans chercher à aller au fond des choses, ni de faire la part de la réalité que nous vivions à l’époque. Certains étaient terrorisés par mon épanouissement, les succès que j’avais. Dans la plupart des rencontres ou réunions, la plupart des politiciens n’avaient pas la personnalité comme la mienne et ils en souffraient. Ils ont cherché la première occasion pour m’éloigner de la vie politique, pourquoi pas me supprimer. Il était prévu dans les négociations que nous aboutissions à un pays fédéral. Kasavubu, Tshombe, moi, ainsi que tant d’autres leaders, nous étions pour et les négociations étaient très avancées. Malgré cette situation, ma province était enclavée et voisine des provinces plus ou moins hostiles, il m’était pratiquement impossible de déclarer une sécession. Je ne pouvais pas non plus le faire du fait que j’étais en plus un nationaliste qui avait beaucoup souffert pour l’indépendance de mon pays, de tout le Congo. Je ne pouvais pas accepter de nous mettre à l’écart avec un petit morceau et laisser le reste du Congo aux autres. Il faut reconnaître que ce sont des circonstances pénibles qui nous ont amené à créer ce petit morceau. Deuxièmement, n’étant pas une province reconnue, nous n’émargions pas au budget du Congo. Le Congo nous a attaqués, il a tué nos fils et filles. Nous avions des orphelins et des veuves, il fallait créer les écoles, assister la population. Personne ne pouvait nous donner des moyens pour le faire. Cela, parce que nous n’existions pas légalement. Il ne fallait pas attendre jusqu’à ce que le gouvernement de Kinshasa l’acceptât. Non. Nous devrions nous doter des moyens pour le faire. Nous rendre autonomes. Dès lors, ils nous prendraient au sérieux et nous pouvions négocier. Donc, partant de cela, nous n’étions pas des sécessionnistes. Nous étions autonomes. En attendant une solution finale qui ne saurait être que le fédéralisme.

Q. Ce n ‘est pas tout comme arguments j’espère?

R. Nous n’étions pas dans une sécession institutionnelle, nous n’avions pas frappé la monnaie. Nous avons continué à utiliser l’hymne national Congolais. Nous avons continué à entretenir des relations avec le gouvernement central. Mais localement, nous avons voulu nous organiser pour survivre, en attendant qu’ils sachent que nous existions. Nous nous sommes contentés d’appliquer les symboles de notre martyr.

Q. Aviez-vous élaboré une constitution locale?

R. Oui. Il y a eu une constitution locale qui reconnaissait qu’un jour, nous serions intégrés dans un Congo fédéral. En attendant, nous étions autonomes, II faudra aussi retenir que le Katanga se déclarait un état indépendant, tandis que chez nous, nous proclamions un état autonome. La différence est énorme et significative.

Q. Qu’est-ce qui justifie l’acharnement dont cette entité a été l’objet pendant cette période ?

R. A mon avis, Lumumba doit avoir fait une confusion entre ce qui se passait au Katanga et la situation du Sud Kasaï. Le Katanga avait réellement fait sécession. Pas le Sud Kasaï. Je reconnais que ce que nous avions fait pouvait être considéré comme une rébellion contre le pouvoir central. Mais pas une sécession.

Mais notre situation le justifiait. Sinon, nous aurions tous été massacrés. Je l’ai dit dans ma déclaration à la Conférence Nationale Souveraine. Il y a en Afrique des sécessions qu’on a acceptées. J’ai cité le cas du Sénégal et du Mali. A l’indépendance, c’était un pays fédéral né de la fusion entre le Soudan français et le Sénégal. Le malien Modibo Keita en était président de la République, le sénégalais Léopold Sedar Senghor, Président de l’Assemblée Nationale, tandis que le sénégalais Mamadou Dia était Premier Ministre. Pour des raisons que seul le Président Senghor peut invoquer, il rompit les liens et proclama le Sénégal indépendant. Aidé et soutenu par la France, il fut sans peine reconnu par l’ONU. J’ai donné aussi l’exemple de l’Inde. En 1947, ce pays est devenu indépendant. Les musulmans ont refusé de partager un même pays avec les Hindous, malgré le refus de Gandhi, le Pakistan était ainsi né. Peu après, le Pakistan n’étant pas homogène avec la partie orientale, celle-ci a fait sécession et est devenue le Bengladesh. Cela a été accepté. Mais, je n’ai jamais compris pourquoi chez nous l’on s’acharna à en rejeter l’idée?

[…]

Annexe 11

Le Gouvernement du Sud-Kasaï au vendredi 02 juin 1961

A Bakwanga, l’Assemblée nationale du Sud-Kasaï s’est réunie pour composer le nouveau gouvernement de cet Etat.

Radio Bakwanga a annoncé que cet État s’appelait maintenant Royaume Fédéré du Sud Kasaï.

Le Chef de l’État en est Sa Majesté le Mulopwé Kalonji Albert Ditunga.

Le Vice-président, son Excellence Joseph Ngalula.

Le Gouvernement comporte douze ministères et trois secrétariats d’Etat.

Après la séance de l’Assemblée nationale de l’État du Sud-Kasaï Radio Bakwanga a fait connaître la composition du nouveau gouvernement du Royaume Fédéré du Sud-Kasaï, qui est la suivante:

• Chef de l’État: S.M. le Mulopwe Kalonji Albert Ditunga
• Le Vice-président: S.E. Joseph Ngalula
• Ministre de l’Information et de la Gendarmerie: M. Ferdinand Kazadi
• Ministre de l’Intérieur : Jonas Mukamba
• Ministre de la Justice: M. le Docteur Tshisekedi
• Ministre de la Santé: le Docteur Ilunga Félicien
• Ministre des Travaux Publics: M. Ngandu Paul
• Ministre du Travail et des Affaires Sociales : M. Tshiswaka Théodore
• Ministre des Finances: M. Nyembwe Albert
• Ministre de la Fonction Publique: M. Beya Norbert
• Ministre de l’Agriculture: M. Ngandu Adolphe
• Ministre des Télécommunications et Voies des Communications: M. Kasanda Justin
• Ministre de l’Enseignement: M. Ilunga Jérémie
• Ministre d’Etat et des Affaires Economiques : M. Kankolongo Albert
• Secrétaire d’Etat au Commerce: M. Bazila Jean
• Secrétaire d’Etat à l’Education Civique: M. Muntu André
• Secrétaire d’Etat aux Réfugiés : M. Ngoyi Hilaire.

Annexe 12

Liste Nominative des Arrondissements et Communes de L’État Autonome du Sud-Kasaï

I. Arrondissement de Kamwanga
1- Commune de Kamwanga
2- Commune de Panda
3- Commune de Tsbintshianku
4- Commune de Lac Munkamba
II. Arrondissement de Dibungi
1- Commune de Dibungi
2- Commune de Miabi
3- Commune de Kamiji
4- Commune de Tshijiba
III. Ville de Bakwanga
1- Commune de la Kanshi
2- Commune de Tshibombo
3- Commune de la Mbushimaie
IV Arrondissement de Tsbilenge
1- Commune de Tshllenge
2- Commune de Dilunga
3- Sous Commune de Dinsanga
4- Commune de Nkwadi
5- Commune de Tsbibata
6- Commune de Kalonji-Sud (Kakona)
7- Commune de Kasakaie
V. Arrondissement de Katanda
1- Commune de Katanda
2- Commune de Nkumba
3- Commune de Lukangu
4- Commune de Kabalu
5- Commune de Luembe
VI. Arrondissement de Ngandajika
1- Commune de Ngandajika
2- Commune de Mukele
3- Commune de Lunga
4- Commune de Nkonga
5- Commune de Mulumba
VIII. Arrondissement de Mwene-Ditu
1- Commune de Mwene-Ditu
2- Commune de Kanda-Kanda
3- Commune de Mulundu
4- Commune de Katshisungu
5- Commune de Kanintshine (Tubeya-Ilunga)

Annexe 13

LOI DU 14 AOUT 1962

PORTANT CRIEATION DE LA PROVINCE DU SUD-KASAI

Les Chambres ont adopté:

Le Président de la République sanctionne et promulgue la loi dont la teneur suit:

- Article 1er

Il est créé une Province dénommée « Sud-Kasaï» comprenant les

Territoires de:

- Gandajika, Bakwanga, Mwene-Ditu qui sera soumis au

référendum, la région de Kamiji en territoire de Dibaya.

Article 2

Les limites définitives de cette province seront fixées par ordonnance du

Chef de l’Etat, après le référendum à organiser dans le territoire de

Mwene-Ditu contesté.

Article 3

L’arrêté royal du 5 février 1935 portant création de la Province du Kasaï est abroge

Article 4

La présente loi entre an vigueur le jour de sa promulgation.

Fait à Léopoldville le 14 août 1962

Joseph KASA-VUBU

Par le President de la Republique Le Premier Ministre, C ADOULA

Le Ministre de l’Interieur,

C KAMITATU

Vu et scelle du Sceau de l’Etat Le Ministre de la Justice, J Ch WEREGEMERE

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