1. Les tons musicaux

Le Tshiluba est une langue à intonations ou à tons musicaux, c'est-à-dire que chaque syllabe d'un mot est prononcée à une hauteur déterminée qui, en certains cas, a une valeur sémantique et grammaticale; en d'autres termes, la différence de tonalité d'une syllabe dans un mot donné peut marquer une différence de signification. Ainsi le mot dibué (à deux tons hauts) signifie un rocher, une pierre; mais dibue (ton haut et ton bas) signifie un palmier. De même le mot udi (2 tons hauts) signifie: tu es, tandis que ùdi (ton bas et ton haut) signifie: il est; tshilamba (3 tons hauts) = un pont; mais tshilàmba (ton haut et 2 tons bas) = un vêtement ; tshilààmbà(qui rampe)
Il existe en Tshiluba
a) un ton haut, qu'on peut marquer par un accent aigu é, ex. kubéla, exhorter, avertir, conseiller
b) un ton bas, qu'on peut marquer par un accent grave à, ex. mukàji, femme.
c) La combinaison d'un ton haut et d'un bas donne naissance à un ton descendant, que nous marquons par l'accent circonflexe â ex. bâna.(baana) (Notez que les voyelles.qui portent un accent circonflexe sont longues).
d) De la combinaison d'un ton bas et d'un ton haut résulte un ton montant, qu'on pourrait indiquer par un accent circonflexe renversé.
e) Il existe aussi un ton moyen, intermédiaire entre le ton haut et le ton bas.

Ces deux derniers tons sont de moindre importance et se confondent souvent avec les tons hauts. Ne disposant pas des signes diacritiques requis, nous ne les marquons pas.
Comme les tons hauts prédominent en luba, nous ne les marquons pas; nous nous contentons de marquer les tons bas et les tons descendants. Par suite, les syllabes qui, dans cette grammaire, ne portent pas d'accent, ont le ton haut.

2. Les substantifs

Ce qui saute aux yeux de prime abord dans l'étude des substantifs, c'est l'absence d'articles, de genres et de cas; mais ce qui frappe le plus, c'est l'existence d'une série de préfixes.

Comme en toute langue bantoue, le substantif en luba est composé
de deux parties: la première partie, qui est variable, s'appelle préfixe; la seconde partie, qui est invariable, s'appelle radical. Le préfixe est une partie inséparable du substantif.
  Le singulier et le pluriel des substantifs s'indiquent au moyen du préfixe: mu-ntu: un homme, ba-ntu: des hommes, mu-tshi: un arbre, mi-tshi: des arbres, tshi-ntu: une chose, bi-ntu: des choses.
  Le préfixe n'indique pas seulement le singulier et le pluriel, il représente le nom auprès de tout autre mot qui est en rapport avec lui.
  Ies substantifs sont répartis en huit classse. Une classe déterminée de substantifs s'indique en citant ses préfixes classificateurs singulier et pluriel; ex.: les substantifs de la classe mu-ba; de la classe. mu-mi; dela classe tshi-bi, etc.

Sing.

Plur.

Exemples

MU

MU

N (M)

LU

BU

DI

TSHI

KA

BA

MI

N (M)

N (M)

MA

MA

BI

TU

muntu

mutshì

njila

lukànu

budimi

dibòko

tshintu

kasuuyi

bantu

mitshì

njila

nkànu

madimi

mabòko

bintu

tusuuyi

homme(s)

arbre(s)

chemin(s)

chaîne(s)

champ(s)

bras

chose(s)

hache(s)

Tous les substantifs, à quelques exceptions près, (pour la plupart des mots étrangers), commencent par un de ces préfixes et se terminent par une voyelle. (Parfois la différence entre 0 et u final n'est pas bien nette; leelo = leelu: aujourd'hui.)

3. Orthographe et phonèmes

3.1. Les voyelles

  En Tshiluba il y a cinq voyelles qui peuvent être brèves ou longues. Un mot donné peut avoir deux significations tout à fait différentes, du fait qu'une voyelle dans. le corps du mot soit prononcée brève ou longue. (Nous marquons la longueur par un point placé après la voyelle; l'accent grave marque le ton bas.)
Voici la. prononciation approximative des voyelles:
a se prononce comme a dans le mot français "bas", ex. : ditama, la joue; mabata, les canards, les poings; mankomu ; kubala, lire;
a. correspond assez bien au son â de "marâtre", ex.: kulààla(kulâla), être couché, dormir; kushaala(kushâla), rester; kubaala(kubâla), .ouvrir; étaler
e correspond au son è du mot français "très"(wabungi ; anyi bianbungi), ex. : mukèlè ;le sel; bunene, la grandeur. (Notez qu'en luba e n'est jamais atone comme dans l'article "le".)
e. a le même son que e bref, mais est plus long, ex. : kuteeta, essayer; kutèèla, mentionner (Ce n'est pas le ê de "tête, ni le é de "été".)
i se prononce comme i dans e mot "lit"(bulaalu), ex. : njila, le chemin;
ibidi, deux ; . kujika, être fini ;
i. se prononce comme i de "lire" ou î de "épître", ex.: kubiika(kubîka), se lever; Mufiike(mufîke), un Noir; kujiika(kujîka), ensevelir;
o correspond au son 0 du mot "botte", ex. : musôko, le village; kusokoka, cacher;
o. sonne comme 0 dans le mot "nord", ex. :Mutooke(mutôke), un Blanc;
kupoo1a(kupôla), cueillir;  ,
u se prononce comme ou dans le mot "tout", ex. : munu, le doigt; mutù, la tête ;
u. correspond au son ou dans le mot "jour" (dituku) ou "rouge" (mukunze), ex.: kubùùka, s'envoler; kutuuta, frapper, battre.
Remarque: Notez que" u suivi d'une autre voyelle se prononce w ; ex : muâna, prononcez: mwâna; muelè = mwelè; kubuela = kubwela; muÎvi = mwÎvi; kuitaba = kwitaba; ua = wa; lua = lwa; bua = bwa; mua = mwa, etc. Cependant u devant o.s'amenuise et se prononce comme un w affaibli; ex. kwosha(brûler), mwoyo(le cœur ou la salutation), bwowa(le champignon), lwosa(le riz), etc.
De même i suivi d'une autre voyelle se prononce y : ex. miakù, prononcez: myakù(les mots) ; mielè = myele(des machettes) ; ia = ya ; dia = dya ; bia = bya; kudiata = kudyata(empiéter); kumiamina = kumyamina(semer); biende = byèndè, etc.

3.2. Les voyelles longues

Dans les publications en langue luba on ne marque pas la longueur des voyelles. Voici quelques règles générales qui aideront à discerner les voyelles longues.
  a) Toute voyelle précédée dans le corps d'un mot de u, w ou de i est longue; ex. kubuela(kubeela)entrer, kuakula(kuaakula)parler, kukuata(kukuààta)attraper ou saisir, retenir), kubuikila(kubuiikila)couvrir,kuvuila(kuvuiila) venir de ou venir pour quelqu’un, lumuenu(lumueenu) une vitre ou une glace; muelè(mueelè)une machette; miele(mieelè) des machettes, miakù(miaakù)des mots, kumiamina(kumiaamina)semer, diulu(diuulu)le ciel, bièbè, bièèbe(les tiens, les tiennes,les votres)biàbo(les siens, les siennes ; les, leurs), etc.
  b) Est longue aussi toute voyelle suivie immédiatement de n ou m + une autre consonne: nd, ng, nk, ns, nz, nj, nsh, mb, mp, mf, mv ; ex. kubanda(monter), muntu(homme), kunanga(aimer); kukonka(interroger), tshisènse(tshisèènse)une marée, dibanza(dibàànza)une dette, tshisanji(tshisaanji)un instrument, panshi(paanshi)par terre, kulomba(kuloomba)demander, tshimpumpu(tshimpuumpu)un rhume, mamvua(maamvua)maïs), etc.(anu nanku)a.n…
  c) Est encore longue la voyelle initiale du radical d'un mot: verbe, substantif ou adjectif; ex. kuela(kueela)verser, kuitaba(kuiitaba)repondre, kuowa(kuoowa)pendre ou se laver, kuakula(kuaakula)parler, luesu(lueesu)une casserole, diulu(diuulu) le ciel,ipi(iipi)court, petit,-ume etc.
  Les voyelles qui portent dans cette grammaire un accent circonflexe sont aussi longues, de même que les voyelles suivies d'un point; ex. bâna(baana)des enfants, bîvi(biivi)des voleurs, beenyi(des visiteurs ; des étrangers, biitabi(des croyants), kaèèna(n’a pas), nzolo(une poule,un poulet) mushèètè(une valise), etc.

3.2. Les Consonnes

Dans l’alphabet luba il n’y a pas de c,q ou r. Ces consonnes ne se rencontrent que dans des mots étrangers.
Voici la prononciation approximative des consonnes :
Les consonnes b, d, f, j,k, l,m, n, s, t, v,z, se prononce comme en français.
Notez cependant que s garde toujours sa prononciation sourde (comme en sensation), même entre deux voyelles ; il n’est jamais sonore comme en « puiser ».
g ne se rencontre que dans la combinaison ng, son unique qui correspond à ng du mot anglais "king" ou du néerlandais "zingen"; ex. kubènga(kubèènga, refuser;. Kunanga(kunaanga), aimer; ngoma(ngooma), tambour ; ngendu(ngeendu), voyages.
y se prononce comme y dans le mot "yougoslave", ou dans le mot anglais "yard"; ex. yeye(yeeye), lui, elle; kuya, aller.
ny (palatale), son unique, correspond à gn du mot français "agneau, règne"; ex. nyôka, serpent; munyinyi, viande; nyunyi, oiseau ..
sh correspond à ch du mot "chat"; ex. kushipa, tuer; mushipu, saison sèche.
tsh correspond au son ch dans le mot anglais "church, Churchill"; ex. tshintu, une chose; tshilumbù, une palabre; ditshi, l'oreille.
p représente la bilabiale fricative, son qui n'existe pas en français. On le prononce en rapprochant les lèvres comme pour souffler tout doucement; en expirant, l'air passe en frottant à travers le rétrécissement ainsi obtenu. Au cas ou p est précédé-immédiatement de la labiale m on entend le son explosif du p français; ex. kupà, donner; lupeepèlè, le vent; bîmpè, bien;· tshimpumpu, un rhume.
(Certaines tribus en font un h aspiré quand il n'est pas précédé' de' m et prononcent: kuha, luheehèlè)
w se prononce comme w de l'anglais et du néerlandais dans "water"; ex. wewe(weewe), toi, vous; kupùwa, se taire; kuowa, se laver.

3.4. Changements phonétiques

a) Les consonnes t, s, z et l, étant suivies immédiatement de la voyelle i, subissent les changements suivants: t + i = tshi ;
s + i = shi ; z + i = ji ; j + i = di. 
b) La combinaison nI n'existe pas; 1 sous l'influence de n devient d; donc.n + 1 = nd.
c) En certains cas, que nous indiquerons par après, n devant les  voyelles a, e, u, 0, change en ng.
d) n devant m, b, p, f, v, change en m; donc n + m = mm ; n + b = mb; n + p = mp; n+ f = mf; n + v = mv.