DECOUPAGE ADMINISTRATIF ET PERSPECTIVESDE LA SOCIETE KASAÏENNE
Par le Prof. Léonard KABEYA Tshikunku

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À la lumière des expériences historiques de découpage territorial au Congo, il est nécessaire d'évaluer les chances et les défis du développement au Kasaï.Il est temps d'examiner les changements susceptibles d'affecter les conditions de vie des habitants de cet espace.
Pourquoi développer la réflexion en ce sens ? La raison est simple. Le redécoupage administratif du pays est justifié par ses initiateurs et ses protagonistes comme une réforme commandée par le souci de rapprocher l'administré de son administration. De toute évidence dans le but d’accélérer partout le progrès économique et social. C'est ce qui a été dit et redit C'est également ce qu'aura retenu l'opinion congolaise.

À ce sujet, les attentes de la population sont fortes. Elles sont d'autant plus fortes que cette même population est restée, pendant des décennies, à la recherche de quelque raison de ne pas désespérer du pays. Bien plus, cette attente est immense. Si bien que toute attitude de réserve vis-à-vis du découpage administratif est souvent perçue comme suspecte. Une fraction importante de la population veut croire que les avantages liés à cette réforme sont « évidents ». En douter passe pour être attentatoire à l'intérêt national. Les congolais sont sinistrés par un demi-siècle de gâchis ; ils cherchent à croire qu'eux aussi ont un destin, comme tous les hommes, et un avenir, comme toutes les nations.

1. QUEL « VOULOIR VIVRE ENSEMBLE»?

Une entité provinciale, c'est comme du nshima. Familière à la table de presque tous les Kasaïens, cette pâte ne « prend» pas en vertu de l'endroit où la ménagère aura choisi de la préparer. Mais elle tient grâce à la qualité des ingrédients (eau de cuisson, farines de maïs et de manioc). Et davantage grâce à la quantité du feu en dessous de la casserole, grâce au savoir-faire de la ménagère, et grâce à l'énergie volontariste commandant ses bras malaxeurs.

De même, une province n'épanouit pas les citoyens en vertu de la localité choisie pour héberger son administration. Mais bien grâce à la qualité des hommes et des peuples qui l'habitent, et à la quantité des ressources. Et davantage grâce au vouloir vivre ensemble qui anime les individus et les communautés. Enfin, grâce à l'expérience et à la compétence des dirigeants, et grâce à l'énergie imaginative de ces derniers.
    Le vouloir vivre ensemble conditionne la cohésion dans une province, à la manière dont la chaleur conditionne la consistance du nshima dans la casserole. II fait même davantage: il commande le choix des dirigeants sur la base de l'expérience, de la compétence et de l'énergie imaginative.

1. 1. La spécificité est-kasaïenne

Au Kasaï Oriental actuel, tout cela ne sera pas une sinécure! L'état des lieux impose une grande circonspection à propos du découpage administratif en perspective. Dans sa configuration actuelle, la province s'étend sur une superficie de 153.000 km². Elle représente la moitié orientale de l'ancienne province du Kasaï. Elle regroupe 11 différents peuples: Kete, Kaniok, Rund, Luba, Bindi, Songye, Tetela, Kuba, Sakata, Tempa, Mputu. Généralement, ce peuplement a pris l'habitude d'être décliné en 4 groupes etlmiques distincts : Tetela, Rund, Groupe-Isambo (Kuba, Tempa, Sakata et Mputu) et Luba (Songye, Luba-Shankadi, Kete, Kaniok, LubaLubangula, Luba-Lubilanji, Bindi). Ces communautés ont un poids démographique différent, mais des origines historiques moins différenciées. Elles ont leurs « foyers» situés sur des terroirs distincts. Elles sont identifiées également par leurs parlers spécifiques, mais dont les apparentements sont accentués par.des origines partagées et des brassages incessants.

En réalité; cependant, ·l'identification des. Peuples du ·Kasaï est une tâche malaisée Il est· souvent considéré comme inconvenant de relever les

particularités de chaque peuple. Comme il est «indécent » d'opérer des regroupements entre eux. En effet, les distinctions qu'un chercheur peut relever, aux

fins de mieux identifier ces communautés, ont souvent l'inconvénient de taire des affinités qui les flattent. D'autre part, les regroupements qu'on peut en

faire, pour souligner des affmités socioculturelles, ont souvent le désavantage de rappeler des hiérarchies qui hérissent, ou des conflits vécus dans le

cadre d'une parenté historique plutôt mal assumée.
   La raison de toutes ces sensibilités à fleur de peau est simple. L'histoire des peuples du Kasaï est certes exempte de grandes guerres entre armées

rangées. Mais elle est une trame faite, comme cela est courant entre communautés voisines, d'un mélange de périodes de paix et de razzias, des alliances de

tous genres et des « trahisons» réciproques, sur fond des pactes de solidarité et des préjugés tenaces des uns envers les autres.
   Dans ce contexte, les peuples du Kasaï ont, à ce jour, les uns envers les autres, des appréciations comparables à celles qu'on observe toujours entre

groupes apparentés. Ils sont, tout naturellement, plus enclins à se rejeter mutuellement des torts qu'à se reconnaître réciproquement des mérites.
   En clair, l'échec - au cours des 50 dernières années - du combat commun pour le progrès économique et social au Kasaï Oriental a marqué les esprits sur

le terrain Il les a marqués davantage que ne l'ont fait les victoires - incontestables - de tous ces peuples sur le plan de la paix et de la solidarité. En

conséquence, la responsabilité de la misère actuelle et de sa cohorte de drames quotidiens au Kasaï Oriental est, par chaque communauté, attribuée ou à la

«paresse », ou à 1'« égoïsme», ou à la «roublardise» des communautés sœurs. Des «actes criminels» et des «négligences· coupables» sont souvent reprochés aux

élites de ces communautés.
   Pour cette raison, le vouloir vivre ensemble des peuples du Kasaï Oriental est, à ce jour, particulièrement velléitaire, fragile.
   C'est-là une réalité de terrain qu'il ne serait pas honnête de feindre d'ignorer. Réalité que les gouvernants du pays et les élites de chaque coin

n'ignorent sans doute pas, et que, dans leur inexorable calcul politique, ils mettent déjà à profit pour conserver le pouvoir, ou pour le conquérir.
1.2 Un éclairage provenant de l'histoire universelle
    Cette fragilité kasaïerme n'est pas une exclusivité, ni encore moins une énigme. Elle s'explique à la lumière de l'histoire universelle. Le « vouloir

vivre ensemble» est un état de conscience qui peut exister - ou ne guère exister-entre différents peuples vivant dans une même aire géographique. Il a pour

soubassement une confiance et une estime mutuelles qui, l'une et l'autre, se forgent (ou se diluent) dans la durée. C’est-à-dire à la faveur d'une longue

histoire partagée.
    Deux penchants caractérisent les groupes humains. D'une part, un penchant veut que les difficultés et contrariétés marquent la mémoire collective,

davantage que ne le font les conquêtes et les réussites communes. Un autre penchant veut que la responsabilité des malheurs, échecs et contrariétés qu'un

groupe subit, soit attribuée aux groupes les plus proches, ces derniers devenant ainsi d'éternels boucs émissaires.
    En vertu de ces deux penchants, une longue histoire commune à plusieurs peuples a plus de risque d’être mal assumée. Qu’elle n'a de chance d'être bien

acceptée. Toutes les fois qu'ils sont pris de court par une dure épreuve, les peuples qui ont longtemps vécu côte à côte et auxquels on demande d'affermir

leur «vouloir vivre ensemble» ont une tendance fâcheuse à ne pas s'apprécier mutuellement Pire, souvent, avec amertume, ils mettent à l'avant-plan les «

fâcheries» qui leur font détester la vie en communauté, et qui les amènent à se tourner mutuellement le dos.
    Sans référence à cette attitude de défiance naturelle, on ne peut que mal comprendre la douloureuse séparation de Luluabourg en 1960, entre Baluba et

Luluwa, deux segments d'une même ethnie. C'est là le sentiment que l'administration coloniale a exploité, au détriment des uns et des autres.
    En Belgique, Flamands et Wallons vivent longtemps dans un même sentiment de défiance réciproque. À l'écroulement de l'empire soviétique, Serbes,

Bosniaques, Albanais, Monténégrins, Macédoniens et autres Croates se sont reproché de pires crimes, et ont été tous d'accord de se séparer et de liquider

leur pays commun, la Yougoslavie. Ce qui est tristement remarquable, ce que ces communautés des Balkans n'ont pas hésité à se séparer au prix fort d'une

guerre encore plus atroce. L'Autriche et la Hongrie se sont séparées d'après un scénario proche, à la fin de la première guerre mondiale. Même scénario,

mutatis mutandis, avec la Tchécoslovaquie qui a éclaté en deux pays distincts, la Tchéquie et la Slovénie. Les États-Unis ont frôlé la catastrophe en

18601861, pendant la guerre dite «de Sécession» : ils ont essuyé un conflit sanglant particulièrement atroce entre le Nord «libéral» et le Sud «

esclavagiste ».
    L'antipathie qui s'installe dans l'esprit d'un peuple est liée à la litanie des «crimes» que ce dernier reproche aux« autres », à tort ou à raison Le

niveau de défiance réciproque est particulièrement élevé dans les cas où les différents peuples concernés ont été forcés de vivre sous les mêmes

institutions. L'amertume est encore plus viscérale lorsque les différents peuples ainsi « soumis» gardent encore en mémoire «le douloureux accident de

l'histoire », à la faveur duquel des institutions communes auront été imposées. Dans ce dernier cas, la répulsion réciproque est proportiornelle à la durée

de vie des institutions communes.
Pourvu qu'il s'installe, le sentiment de défiance des uns envers les autres semble, dans la durée, être porté plutôt à se renforcer qu'à s'atténuer.
   À l'opposé, les exemples eurasiatiques des peuples éprouvant un désir partagé de se retrouver sous les mêmes institutions sont légion. Les allemands de

l'est et ceux de l'ouest, séparés pendant 41 ans par le «Mur de Berlin» érigé entre deux blocs antagonistes, ont, de 1989 à 1991, montré à la face du monde

leur rage de vivre ensemble, dans un pays réunifié et sous les mêmes institutions. Les deux Corée - improvisées, en 1953, au nord et au sud du 16ime

parallèle, à la faveur d'une guerre fratricide et des interférences extérieures - multiplient aujourd'hui les signes d'un désir ardent et d'une volonté

partagée de se réunifier sous les mêmes institutions, dans un seul et même pays.
    En Afrique, les cas de répulsions réciproques et des efforts de retrouvailles sont également nombreux. Bornons nous à évoquer les séparations

douloureuses dans la Fédération du Mali (1960), la République du Congo-Kinshasa avec la sécession du Sud-Kasaï et celle du Katanga (1962, 1963), la

République Arabe Unie (1967) avec la séparation de la Syrie d'avec l'Égypte, la République du Nigeria avec la sécession sanglante du Biafra (1966), la

République de Côte d'Ivoire avec la bipartition du pays (2002). Les exemples africains de joyeuses retrouvailles sont là également:
République Unie du Cameroun (1962), République Unie de Tanzanie (1964), Sénégambie (demeurée longtemps en projet), etc.
    En résumé, le « vouloir vivre ensemble» est rare dans le cœur des peuples. Surtout lorsqu'ils ont été longtemps placés par force sous les mêmes

institutions. L'instinct de répulsion réciproque est généralement le sentiment le plus fort, et le plus largement partagé. Rarement, les peuples

s'attribuent à eux-mêmes la responsabilité des drames et contrariétés qu'ils vivent. La recherche des boucs émissaires alentour est une attitude et une

pratique aussi vieilles que le monde.
   Les peuples sont plus enclins à ériger des murailles autour d'eux-mêmes, qu'à jeter des ponts en direction des voisins. Ce phénomène possède un brin

d'universalité. La fameuse doctrine isolationniste de Monroe est une terrible maladie universelle. Aujourd'hui, elle affaiblit la volonté des nations de

bâtir des unions continentales: en Afrique, en Europe et (davantage encore) en Asie.
    S’employer à exploiter ce penchant morbide des peuples n'élève aucune classe de gouvernants.
1.3 Une incitation à la faute
       Dès lors, tester chez les congolais, aujourd'hui, le degré du « vouloir vivre ensemble» à l'intérieur des limites provinciales actuelles, ressemble à

une ruse politicienne de fort mauvais aloi. C'est même une odieuse incitation à la faute. La coûteuse tournée d'explication que les sénateurs de la

transition ont bouclée en provinces, ainsi que la dernière campagne référendaire ont, toutes deux, le parfum d'une ruse entachée d'infamie. En effet, la

défiance réciproque des diverses communautés congolaises est à ce jour bien connue. Le sentiment de culpabilisation réciproque est à la hausse chez tous les

peuples qui se côtoient, face à une durable misère qui n'arrête pas de progresser sur l’ensemble du pays. C'est connu de tous.
   À une exception près celle des trois districts de la province du Bas Congo qui ont dominé leur sentiment de défiance réciproque et se sont opposés à la

désintégration de leur province-la totalité des peuples du Congo semblent envisager, avec autant de naïveté que d'espoir, la perspective de se tourner

mutuellement le dos, et même de se voir chacun devenir bientôt le pivot identitaire de quelque nouvelle province. En dehors du Bas Congo, les congolais se

sont mis tous à rêver des lendemains qui chantent. Ils rêvent de voir leur État opérer son tout premier miracle dans la bonne direction: celui de sécuriser,

nourrir, habiller, éduquer, instruire, informer, transporter et divertir tous les habitants, grâce à une administration provinciale de proximité.
    Pourtant, tous les paramètres semblent promettre un réveil brutal et douloureux, dans un avenir pas très éloigné ! Face à une cécité simulée des

gouvernants et devant une déconcertante naïveté (ou indifférence) des populations, l'impression s'impose que le pays se prépare de nouveaux engrenages

funestes, engrenages qu'il a pourtant, à ce jour, toutes les raisons et tous les moyens d'éviter.
2. UN ENGRENAGE VERS PLUS D'INSÉCURITÉ
   Le premier engrenage auquel, à ce jour, on pense le moins est celui de l'aggravation de l'insécurité pour les biens et les personnes.
Chaque province « décentralisée» aura sa propre police.
On l'appellera «police locale» ou «police de proximité» pour en minimiser les prérogatives, plaçant ainsi la sécurité des biens et des personnes sous la

responsabilité de la « Police Nationale». Par contre, on l'appellera «police provinciale» pour mettre en relief l'étendue de sa compétence territoriale,
. laquelle doit couvrir la sécurité des biens et des personnes sous juridiction. Il est vrai que les deux tendances seront départagées par le dispositif

légal et réglementaire que prévoit la constitution.
   Imaginons le cas - fort peu probable dans ce Congo-où le dispositif légal et réglementaire en matière de découpage sera complet, clair et cohérent Dans

cette hypothèse, il ne restera plus que la culture des peuples et la qualité des dirigeants pour décider de l'issue de cette expérience de découpage. Où

l'une et l'autre faciliteront la mise en œuvre du découpage. Ou, au contraire, elles la compliqueront
   Une fois de plus, retenons une deuxième hypothèse optimiste, mais tout aussi improbable: celle d'une culture ambiante et d'une compétence des dirigeants

provinciaux qui facilitent l'application scrupuleuse des lois et règlements régissant le découpage territorial et la décentralisation.
   Question inévitable: la sécurité des biens et des personnes sera-t-elle mieux garantie qu'elle ne l'est aujourd’hui, notamment pour ce qui est de

contenir et de réprimer les délits et les crimes transfrontaliers ? Hélas non! En effet, d'abord, le pays passe de 12 provinces à 26 ; du même coup les

espaces se font plus étroits, les administrations plus improvisées et moins équipées et les frontières à contrôler plus nombreuses. Ensuite, c'est

précisément à ces administrations qu'incombe la responsabilité de sécuriser les biens et les personnes : faute de quoi aucun citoyen n'aura été« rapproché

de son administration» en quoi que ce soit

Ainsi donc, l'essentiel nécessitera du temps et des ressources considérables: l'organisation de l'état civil, l'équipement et la formation de la police, la

mise en place des cours et tribunaux des provinces, ainsi que les mécanismes de coopération entre polices et juridictions provinciales. Conséquence logique:

comme aujourd’hui et sans doute plus qu'aujourd'hui et pour longtemps - les frontières seront allègrement et paisiblement franchies par des malfrats.
   La criminalité et l'insécurité seront davantage favorisées à l'intérieur des provinces face à des administrations provinciales qui s'installent sans

ressources ni expérience. Elles le seront tout autant à cheval sur les frontières. Les frontières, en effet, seront considérées comme des protections d'une

autonomie provinciale opposable à tous, plutôt que comme des lignes de collaboration avec les provinces voisines.
   Par exemple, Lubefu et Lubao, deux territoires voisins de l'actuelle province du Kasaï Oriental, relèveront bientôt de deux provinces décentralisées

(Sankuru et Lomami), c'est-à-dire de deux juridictions distinctes en matières de police et de cours et tribunaux. Avec la liberté de mouvement et le droit

de s'installer dans un lieu de son choix, délinquants et criminels passeront allègrement, à tout moment, d'une province à une autre, avec plus de facilité

que les polices et les tribunaux des deux provinces ne pourront collaborer. Tout, ou presque, prendra du retard à se mettre en place: l'état civil pour les

citoyens, les équipements appropriés et la formation permanente pour la police.
    L'incapacité des polices et la non collaboration des administrations constituera ainsi le grand défi: faute de temps et de ressources. Malgré la

meilleure des hypothèses (pour ce qui est de la culture des peuples et de la qualité des dirigeants), précédée elle-même de la meilleure des hypothèses

(quant à la rapidité et à la qualité des textes légaux et réglementaires), le défi de l'insécurité restera de taille. Aucune perspective n'existe pour

l'affronter dans les conditions actuelles du pays!
    La situation sera même pire si, comme cela semble hautement probable, les provinces ont une conception isolationniste tatillonne de leur autonomie.

Délinquance, terrorisme et drogue auront à l'intérieur et à cheval sur de multiples frontières factices-un boulevard grandement ouvert pendant des lustres.

Un engrenage de l'insécurité dont un Congo en quête de stabilité n'a sûrement pas besoin! Les sociétés (privées) de «gardiennage» ont de beaux jours devant

elles.
3. UN ENGRENAGE VERS PLUS DE DÉTRESSE
    Le progrès matériel et l'épanouissement humain, auxquels la propagande sur le découpage territorial fait rêver, ne seront pas non plus au rendez-vous,

du moins pas dans un horizon temporel prévisible. À court et moyen termes, le découpage administratif semble ne pouvoir déboucher que sur une misère

économique et morale accrue, avec, en toile de fond, un climat social d'une relative instabilité.
    Les défis sont légion. Retenons-en une demi-douzaine:
i) résurgence du réflexe identitaire partout,
ii) hypothèque sur la paix civile dans l'ensemble du pays,
iii) recrudescence de la sensibilité aux inégalités, iv) fragmentation de l'espace économique et perte des économies d'échelles, iv) exiguïté des provinces

comme espaces de développement, et vi) coût élevé d'interminables déménagements et emménagements des administrations et des individus.
Examinons ces défis un à un.
3.1. Vers la résurgence du réflexe identitaire
Aucune nouvelle province ne sera placée sous le parapluie identitaire et hégémonique d'une seule communauté ethnique. Et pourtant, toutes les communautés

ethniques rêvent, avec les élites originaires en tête, de se tailler une telle identité et d'exercer, en conséquence, la plénitude des pouvoirs provinciaux.

Un rêve heureusement inaccessible, mais qui a le suprême inconvénient d'être dangereux pour la paix sociale. En effet, dans cet immense pays infiniment

diversifié, les provinces seront de composition nécessairement pluriethnique. Un long et pénible processus de réajustement des rapports entre communautés

ethniques s'imposera, de par la nécessité d'asseoir chaque entité provinciale sur un équilibre acceptable par tous. Diversité et démocratie obligent! Même

si, en matière de démocratie, le pays, sans contre-pouvoirs ni opinion publique solides, n'en est encore qu'au balbutiement!
Au Kasaï Oriental, le découpage risque de prendre une tournure plus préoccupante encore. Particulièrement détonnant, un cocktail de dangers guette !
À la suite des accidents géographiques, démographiques et linguistiques, la province du Kasaï d'autrefois, et celles actuelles du Kasaï Oriental et du Kasaï

Occidental, ont été longtemps, à tort plus qu'à raison, confondues avec l'identité d'un seul et même peuple, le peuple Luba. L'administration coloniale, les

administrations successives du Congo indépendant, ainsi que les opinions publiques intérieures et extérieures, semblent s'être longtemps tenues à cette

représentation schématique, à cette réduction qui ne pouvait être du goût de tous.
À l'arrière-fond, des éléments socio-historiques ci-après semblent avoir prévalu. Les chefs-lieux des deux provinces au Kasaï sont situés sur des terroirs

traditionnellement reconnus à une tribu ou à une autre de l'ethnie Luba : à Luluabourg à Bakwanga et à Kananga. Marque indélébile du jus solis, ce système

culturel et juridique, qui lie le destin des populations au terroir d'origine, a marqué des millénaires de l'histoire et de la culture des humains.
Par ailleurs, le peuplement Luba a longtemps été le plus important et le plus disséminé de tout le Kasaï, du Kasaï Oriental et du Kasaï Occidental, en

comparaison de celui des autres peuples frères et voisins, que ces derniers soient pris globalement ou individuellement
Enfin, sur le plan linguistique, le Ciluba a longtemps représenté - de par le hasard de la géographie, le poids de la démographie et l'avantage de la

mobilité sociale-le parler véhiculaire le plus répandu de tout le Kasaï, en plus du rôle de langue d'enseignement et de culture.
Au cours du temps, toutes ces réalités et représentations ont façonné du Kasaï une image verrouillée sur l'identité Luba. faisant que tous les Kasaïens se

reconnaissent plus ou moins dans cette identité-ou, à tout le moins, se sentent contraints à se présenter sous celle-ci, surtout à l'extérieur du Kasaï.

L'indépendance du pays et le drame de Luluabourg en 1959-1960 sont donc loin d'avoir évacué ces réalités et représentations. À ceci près que, dans les

méandres des pogroms et vendetta au cours des guerres civiles perlées ayant endeuillé le Kasaï, des millions de Kasaïens ont quitté Luluabourg, Bakwanga et

Kananga vers les divers terroirs d'origine. En même temps, des revendications sont apparues en faveur du démembrement de l'espace kasaïen en plusieurs

provinces. Les provinces suivantes ont été proclamées (entre 1960 et 1966), certaines ayant même été reconnues par la constitution du 2 août 1964:

Luluabourg, Unité Kosaïenne, Sankuru, Sud-Kasaï:, Lomami, et la province du Midi. Elles ont eu, comme chefs-lieux respectifs, les chefs-lieux des

territoires de Luluabourg Tshikapa. Lusambo, Bakwanga. Kabinda et Mwene-Ditu.
Parallèlement, dans toutes ces agglomérations, un mouvement culturel s'est dessiné dans le sens du rejet de la commune identité collée au Kasaï. Les élites

politiques des divers horizons kasaïens ont engagé, à armes égales, une compétition serrée en faveur de la représentation de leurs terroirs, et pour la

prise en compte de leurs spécificités et de leurs aspirations.
Comparée au reste du pays, la terre du Kasaï a vécu une rare période de turbulences géopolitiques, sociales et culturelles. Méfiance, haines tenaces,

conflits armés, suspicions, migrations forcées, assassinats, 
Cependant, tout n'a pas été négatif. L'éveil à l'importance de l'alphabétisation et de l'instruction s'est généralisé à tous les terroirs du Kasaï. On en

ressent aujourd'hui, plus d’un tiers de siècle après, un bienfait qui n'a pas manqué de renforcer la considération envers la terre kasaïenne et qui, demain,

peut constituer-dans un espace kasaïen plus réfléchi, mieux restructuré et mieux assumé-un précieux atout Vers
une solidarité plus équilibrée et un progrès plus rapide.
De 1965 à ce jour, le coup de barre totalitaire et les velléités centralisatrices des régimes de Mobutu et de Kabila ont contenu ce processus d'émiettement

et de décentralisation. Ce processus, en effet, a été grossièrement et hâtivement assimilé aux réflexes d'anarchie, sinon aux relents sécessionnistes. Le

découpage a été supprimé sur le territoire congolais

Il l’a été avec d’autant plus de facilite que, de la vie unanime, les ressources ont manqué cruellement pour construire partout un minimum d’

infrastructures, et même déjà pour faire tourner les nouvelles administrations. Les espoirs que les populations, çà et là avaient dans les découpages ont

fini par être déçus. Acette exception près : la province du Sud-Kasaï a survécu et s’est même élargie adossée à la Miba et à l’exploitation artisanale du

diamant.
Surtout, elle était soutenue par l'énergie du désespoir qui habitait les populations Luba, particulièrement marquées par les affres des guerres civiles,

notamment à Luluaboutg et au Katanga.

Notons également que cette même guerre, la province rebelle du Sud-Kasaï (août 1960-septembre 1962) ne s’était pas privée de l’imposer à certains peuples

frères limitrophes (fin 1960), avant de la retourner contre elle-même (1963-1964).
La perspective actuelle de redécoupage du pays en petites entités provinciales peut, certes, faire frémir les congolais porteurs de cette mémoire collective

Mais, en réalité, elle fait trépigner d’enthousiasme tous les coins et recoins du même Kasaï.
En effet, un rêve de conquête est porté par tous les peuples du Kasaï. Ils désirent chacun devenir le pivot identitaire et hégémonique de quelque province

(syndrome yougoslave!), et couvrir ainsi, de leurs étiquettes et de leurs totems, le visage de l’une ou l’autre entité provinciale. Ils désirent tous

détenir l’essentiel du pouvoir de distribuer postes administratifs et prébendes économiques. Du moins, c’est le rêve secret des élites de chaque coin.
Joutes oratoires, tiraillements et empoignades ont aujourd’hui libre cours. Par leurs élites interposées, déjà Tshikapa croise le fer avec Mweka, pour la

prérogative d’abriter le chef-lieu de la nouvelle province du Kasaï Lodja et Lusambo sont aux prises pour le chef-lieu de la province du  Sankuru. Entre

Ngandajika, Mwene-Ditu et Kabinda, c’est une véritable veillée d’armes pour « l’honneur » d’abriter le chef-lieu de la province de Lomami. Compétition

normale? Sans nul doute, mais pourvu que ce soit dans un pays normal ! C’est un sérieux risque de dérapage dans un pays aussi mal préparé mais également

aussi mal parti-que le Congo-Kinshasa.
On souffre partout de faim et de dénuements. Mais on sait aujourd’hui derrière quels lièvres les populations est-kasaïennes seront occupées à courir, au

moins pendant une bonne moitié de la prochaine décennie ! La misère a donc tout le loisir de continuer à creuser son sinistre sillon dans la chair et dans

les coeurs. L’heure est donc au partage des fiefs, à l’essaimage des étiquettes identitaires, et à la quête du pouvoir de régner durablement sur des plages

de misère. Avec leurs responsables politiques en tête, les adultes de tous les terroirs kasaïens en ont décidé ainsi. Les jeunes qui rêvent, quant à eux,

d’un avenir radieux, n’ont qu’à attendre, en puisant dans leur maigre réserve de patience!
3.2 Une lourde hypothèque sur la paix civile
La paix civile, sans forcément être menacée, sera en recul lors des interminables querelles émaillant la répartition du patrimoine des provinces en

liquidation Aucune communauté n’acceptera de laisser à tout autre la jouissance exclusive des édifices, installations organisations et générosités autrefois

gérés en partage. Le territoire congolais est donc promis à se transformer en un vaste champ de palabres, avec ça et là des fâcheries croisées et des

escarmouches autour des broutilles et de vaines gloires.
Le droit reconnu à tout citoyen congolais d’établir son domicile dans la localité de son choix, ne sera qu’une coquille vide dans un contexte aussi

délétère. Bientôt, le Nord-Katanga ne consentira pas à abandonner, sans compensation, à la seule province du Sud-Katanga le bénéfice des infrastructures,

industries et marchés de Lubumbashi et Likasi. Bien plus, les Katangais originaires de la nouvelle province, mais depuis longtemps résidents de Lubumbashi

et de Likasi, deviendront des « étrangers envahisseurs» dans ces villes. À la manière dont les mineurs kasaïens et leurs descendants sont devenus des «

étrangers envahisseurs » au Katanga, après le découpage administratif du 5 décembre 1933 ayant intégré à la nouvelle province du Sud-Katanga le bénéfice des

infrastructures, industries et marchés de Lubumbashi et Likasi. Bien plus, les Katangais originaires de la nouvelle province, mais depuis longtemps

résidents de Lubumbashi et de Likasi, deviendront des « étrangers envahisseurs » dans ces villes. A la manière dont les mineurs kasaïens et leurs

descendants sont devenus des « étrangers envahisseurs » an Katanga, après le découpage administratif du 5 décembre 1933 ayant intégré à la nouvelle province

du Kasai le Lomami, district occidental de l’ancienne province du Katanga.
Au Kasaï Oriental, ce scénario ne sera pas évité. Loin s’en faut Les Kasaïens originaires des nouvelles provinces du Sankuru et de Lomami seront, an mieux,

des citoyens de
seconde zone à Mbujimayi, Miabi et Tshilenge et, au pire, des « étrangers envahisseurs appâtés par les mines de diamants ou une carrière à la MIBA ». De

leur part, les populations du Sankuru et de Lomami vont rendre pareil aux Kasaïens originaires du district de Tshilenge. Sans doute, à ces Kasaiens il sera

reproché de bénéficier à Mbujimayi, « par égoïsme et roublardise», des infrastructures et richesses qui auront constitué le patrimoine commun de tous les

Est-Kasaïens.
Ces quolibets croisés seront bientôt d’autant plus inévitables et plus mordants que les nouvelles provinces sont promises à un statut d’« entités

décentralisées».
L’écheveau des querelles croisées entre Est-Kasaïens promet, dès aujourd’hui, d’être difficile à démêler dans un horizon temporel prévisible En aucun cas,

il ne peut être démêlé par la gestion politique dilettante et rarement bienveillante de la très lointaine capitale congolaise Cette gestion s’est déjà

piégée par la propagande sur les avantages « libérateurs » du découpage administratif Mieux, Kinshasa ne semble pas avoir des raisons particulières d’être

dérangée par des dangers menaçant l’identité kasaïenne (territoire, langue, culture, élite, réputation, diaspora, etc.).
Au Kasaï, comme dans l’ensemble du pays, la paix sociale promet de demeurer, pour longtemps encore, parmi les principales préoccupations. Faite des coups de

gueules et des coups de griffes ça et là, une certaine instabilité persistera, sur fond des déménagements et des emménagements en tous sens des populations

et des administrations. Elle sera incompatible avec toute gestion publique prometteuse de progrès. Dans des palabres interminables, les conflits ouverts et

la misère sociale guettent. Et l’amélioration des conditions d’existence sera d’autant un rêve inaccessible, voire « insensé ». En effet, à défaut de

promouvoir le pro grès du pays, les gouvernants auront un précieux alibi : celui d’avoir eu à consacrer l’essentiel de leur imagination et des ressources du

pays à éteindre des incendies ça et là. Et comme personne ne s’avisera à rechercher les responsables.des incendies, les gouvernants ont raison d’espérer que

l’excuse sera à la hauteur de notre aspiration au progrès.
(suiite à l’édition prochaine)
Points à lire prochainement pour compléter la réflexion:
3.3 Vers une recrudescence des inégalités
3.4. Vers une fragmentation de l’espace économique
3.5. Vers d’exiguïté des espaces de développement
3.6 Un coût insoutenable des déménagements et emménagements

OPINION - J. Kabongo Mubalamata (Mansanga)
Le Déclin du Kasal: un cas de conscience pour tous!


L'ampleur de la misère humaine au Kasaï est affligeante nous confie une mère de famille qui, comme tant d'autres kasaïens de la diaspora, se culpabilise pour son incapacité à ne pas pouvoir empêcher le triste déclin de son patrimoine ancestral. Le Kasaï (orientai et occidental) avec ses 8 millions d'habitants se meurt, on ne cesse de le dire. Quiconque passera par là sera absolument tétanisé par un quotidien indigne dominé par des violations inacceptables des droits humains. On déplore notamment, la phénoménale déconfiture de l'environnement physique et social, une jeunesse désœuvrée et clochardisée, des hommes et des femmes paupérisés et contraints à la débrouillardise, des infrastructures de communication en total délabrement, l'habitat menacé dans sa grande partie par des éboulements ou des érosions à cause des feux de brousses et des déboisements non contrôlés, l'insalubrité publique manifeste, l'ignoble dépravation de mœurs, la dilapidation des recettes d'exploitation industrielle de diamants au détriment des populations locales, etc. ... Bref, un sombre tableau qui contraste curieusement avec l'auto-satisfaction manifestée par certains acteurs politiques et par bien d'autres jouisseurs. Une ambiguïté qui emprisonne une grande frange de la population dans la psychose de la malédiction, source d'émergence des ghettos «spirituels» et bien d'autres pratiques mystiques servant d'abris sûrs de consolation ou de soulagement pour les innombrables victimes.

Dans ce contexte de précarité avancée, il convient de reconnaître, sauf en cas d'aveuglement, la caducité des énoncés féeriques du type: « Grand Kasaï, Kasaï ditunga dia kuendela buenyi, Kasaï ditunga dia kuendela ntunku, Kasaï wa balengela etc. ... ! Pourtant, c'est cette même généreuse terre aujourd'hui à l'abandon qui, comme une termitière (symbole de solidité), a donné à l'humanité, cela dans tous les domaines confondus, d'innombrables célébrités! En guise d'exemple, on se souviendra qu'en 1960, au moment d'acquisition de sa souveraineté internationale, le Congo tout entier avait vibré au rythme d' «Indépendance cha cha », hymne à la gloire chanté par l'African-Jazz fondé par le kasaïen Kabasele Tshamala. Que dire de l'hôpital «Marie Biamba Mutombo}) à Kinshasa, infrastructure médicale la plus moderne du Congo, et dont le bâtisseur n'est autre que le basketteur kasaïen Mutornbo Dikembe ? La liste n'est pas exhaustive. Dans un autre décor, de son vivant, le chanteur Kabasele Ya Mpanya dit Pépé Kallé avait plébiscité le Kasaï comme un coin du Zaïre où l'on trouvait tout: «kuetu kudi bionsu, ... kuetu kua balengela ... » ; ce qui n'était pas faux. Mais ces encensements n' ont-t-ils pas été, à la grande déception de tous, balayés de sitôt par une effroyable disette que dénonce à son tour Lelimba wa Kutshila ténor de l'orchestre Bayuda du Congo dans l'album «Lac Munkamba »: « Bakwanga ba Muela badila muadi, ... Malandi wa nshinga muvua batoka bela mpuingi, buatshinyi ditunga diakulua nenku ? ... » plaidoyer de ce charmant artiste contre la destruction malheureuse de l'espace kasaïen; référence faite rétrospectivement à l'époque coloniale où Luluabourg-Kananga Malandi wa nshinga était une ville agréable. Dans son album « Kutumba nkueyemenangana » Kabongo Tshisense n'a-t-il pas à son tour exhorté les hommes d'affaires kasaïens de construire chez eux ; message bien inspiré par les déboires connus par un très grand nombre de Kasaïens refoulés du Katanga en 1992.

Pour répondre à tous ces questionnements, d'aucuns diraient que si 1e tissu socio-économique kasaïen est ce qu'il est, c'est-à-dire dans un état piteux, la faute n'incombe qu'aux natifs. Car ces mêmes individus étonnement désintéressés par l'avenir de leur propre terroir, ont dans beaucoup de circonstances et sous d'autres cieux, prouvé leur efficacité d'entreprendre. Ce qui leur confère l'étiquette de «nègre» pour leurs concitoyens d'une part, et celle d'«envahisseur» là où ils sont indésirables. Les témoignages y afférents sont multiples, à commencer par le choix porté sur eux par les colons dans la construction de l'Union minière du Katanga. Chercher à expliquer cet état d'esprit qui consiste à commencer la charité par autrui, alors qu'il est légendairement admis que la charité bien ordonnée commence par soi-même, suscite un travail anthropologique ou ethnologique dont l'importance est difficile à exprimer à travers ces quelques lignes. Sauf ce raccourci emprunté qui permet de renchérir le mythe de la sorcellerie clanique derrière lequel semble se réfugier la plupart des kasaiens. Dikita Dieudonné, auteur du théâtre «Kuetu kundela », a tenté de démontrer cette psychose en mettant en scène la tourmente d'un jeune de la diaspora qui refuse d'investir à Kananga malgré la précarité sociale éhontée de ses parents; il est persuadé qu'il sera ensorcelé au cas où il exhiberait son bien-être. Ce cas n'est pas isolé.

Un dicton français renseigne pourtant que « l'homme se mesure devant l'obstacle». Malheureusement, c'est le contraire au Kasaï où ses habitants ont choisi le fatalisme devant le nombre important d'obstacles; ce qui donne l'impression d'une région plus occupée par les cigales que par les fourmis (Fable de la Fontaine); en d'autres termes, Kasaï kanshala bula bua « Tudima minu ! »

Sachons que les tracasseries administratives des années Mobutu qui gênaient l'exploitation artisanale du diamant et décourageaient l'entreprenariat local ont longtemps disparu. Plus intéressant encore est l'accès libre qui vient d'être politiquement reconnu à notre sol longtemps décrété comme zone minière interdite aux étrangers, et cela au détriment de tout investissement utile à son développement C'est clair que chacun aura droit au chapitre, dans un Kasaï où sont disponibles des atouts agricole, économique ainsi que de ressources humaines suffisantes pour décider à bon escient de son développement Sauf bien sûr la volonté qui tarde à venir. Tout compte fait, l'honnêteté intellectuelle exige qu'il soit considéré et encouragé quelques soubresauts d'entreprenariat manifestés en mono, en duo ou par groupe d'individus ça et là. Malheureusement, ces initiatives dont les objectifs se ressemblent mais refusent de s'assembler dans la plupart des cas du fait de leur structure atomique des charges répulsives bien que se trouvant dans la même sphère d'activités; d'où les difficultés de former dans ces conditions une agglomération moléculaire qui puisse résister à toute .forme de déstabilisation Ceci explique en partie la vulnérabilité de la plupart de ces initiatives. La Journée kasaïenne du souvenir commémorée le 15 Août de chaque année trouvera peut-être cette formule magique qui présidera à l'unicité des diverses composantes de la diaspora kasaïenne et permettra l'avènement du Congrès mondial pour le développement durable du Kasaï.

Revue Mansanga quatrième année n° 22 Janvier-Février 2008